Inde

Bénares (Suite)

Dans la soirée, les gamins devenant un peu trop agressifs, Line étant systématiquement bousculée et ayant même reçu des cailloux, nous décidons de nous replier sur notre balcon. De la haut, nous voyons cette marée humaine se mettre en mouvement pour parcourir de nuit les 50 kilomètres aller-retour vers un temple quelconque.

Le bruit est incroyable et il n'y a plus d'individus, mais un ruban en mouvement qui quitte petit à petit la ville. Vers une heure du matin, il ne reste plus qu'une poubelle gigantesque sur les berges libérées, poubelle qui fait le bonheur des chiens, des chèvres et des vaches (sacrées).

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Le lendemain matin, nous assistons au travail de nettoyage. Des femmes font des tas immenses de tout les détritus qui sont chargés ensuite dans une barque et rejetés vers le milieu du fleuve. Pour peu que le courant soit un peu fort, les détritus sont conduits un peu plus loin sur les berges où d'autres femmes font le même travail.

En début d'après midi, nous voyons revenir des zombies ; les garçons sont épuisés, leurs pieds sont des plaies et ils sont beaucoup moins bruyants. Tout l'après-midi n'est qu'un défilé de ces épaves harassées de fatigue qui ont sûrement toutes une bonne raison de s'infliger ce genre de calvaire. Il est évident que certains vont finir la journée attachés à une pierre au fond du fleuve, ou en barbecue sur ses berges. Là aussi, nous avons un peu de mal à comprendre...

Les baignades rituelles dans le Gange sont faites à quelques mètres des lieux de crémation, proches eux-mêmes des endroits où les blanchisseurs lavent le linge sur des pierres à moitié immergées. Si il y a des espaces vacants, des buffles vont se baigner. Lorsqu'un cadavre n'est pas rejeté au milieu du fleuve, c'est le bonheur pour les chiens errants et les corbeaux.

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Sans oublier les déchets et les eaux usées qui finissent aussi dans l'eau sacrée. C'est peu dire que le Gange est une poubelle, mais cela ne dérange pas les pèlerins qui se plongent complètement dans le fleuve et pour certains, qui en boivent l'eau.

Encore des clients pour les gaths de crémation.

Le fin du fin étant de mourir à Bénarès afin de stopper le cycle des réincarnations. On comprend avec la vie en Inde que des gens puissent avoir le bon sens de ne pas vouloir revenir !

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Les pèlerins arrivent en groupe de 30 à 50 personnes. Encore une fois, ce sont loin d'être les plus riches. Les riches qui pourraient croire quand même aux vertus religieuses du bain font, eux, leurs ablutions dans leurs baignoires. Les pauvres, donc, arrivent en troupeaux encadrés par une sorte de gourou qui doit savoir soutirer les quelques roupies des pèlerins trop crédules, c'est à dire tous, sinon ils ne seraient pas ici !

Les femmes, quelque soit leur age ont les cheveux rasés. Pas tout les hommes, bien sur. Ils passent tellement de temps, entre deux sommes, à se peigner et à se caresser les cheveux, que ce serait dommage de les priver de ce plaisir simple.

Le gourou les laisse mariner en plein soleil en leur racontant des choses qui ont l'air de les captiver. Au passage, il est de bon ton de se faire bénir par la queue d'une vache peinturlurée. Les vaches étant sacrées en Inde, les hamburgers sont au poulet.

Ces fidèles ont le même comportement vis à vis de l'eau que beaucoup d'abrutis dans le monde, en l'occurrence, ils y jettent des pièces de monnaies et font un vœu. Le matin très tôt, nous observons des individus, qui, moins bêtes que les autres (tout est hiérarchie en Inde), vont chercher des seaux de boue du Gange dans laquelle ils récupèrent les pièces. Encore un tas de vœux qui ne seront pas réalisés !

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Ce qui est surprenant dans Bénarès c'est de voir la ville s'effondrer. Il y a quelques siècles, elle a du être jolie, si on en croit les palais et les temples qui subsistent encore. Mais ceux-ci sont laissés à l'abandon et se détériorent petit à petit. Le bas des escaliers se recouvre de boue et les berges retournent à l'état naturel. C'est un peu le problème avec l'Inde : dans le passé, des bâtisseurs ont pu lui donner de l'éclat, mais celui-ci est aujourd'hui terni et les anciens bâtisseurs n'ont pas de relève.

Le 10, nous assistons à un orage incroyable sur le Gange dont les eaux sont agitées de vagues. Le soir, des éclairs superbes strient le ciel. Le lendemain matin, la pluie a un peu lavé les ghats dont les détritus se sont déplacés un peu plus loin. Sur le fleuve, un corps flotte, le bras en l'air, suivi par le corps d'un enfant qui avait été mal attaché à sa pierre. Une barque vient les remorquer au milieu du fleuve et les laisse s'en aller...

Agra et le Taj Mahal

Le 13 mars, nous quittons Bénarès pour Agra. La veille, à la gare, le responsable de la vente des billets aux étrangers nous avait mis en garde contre les rabatteurs qui tentent de nous faire aller dans les boutiques de soieries. Pour nous prouver son sérieux, il nous fait un plan détaillé du chemin qui va nous conduire...à une boutique de soieries qui est bien moins chère. Et de plus il nous donne son nom pour qu'on puisse se recommander de lui. Guignol, va.

A Agra, nous retombons sur nos autorickshaws favoris qui tentent de nous emmener dans leurs hôtels ou sur ceux figurant dans les guides, mais dont les prix sont doublés pour assurer le paiement de leurs commissions. Bref la vraie vie en Inde. Il faut savoir qu'Agra, est une ville incroyablement touristique puisqu'elle abrite le fameux Taj Mahal.

Il y a quelques années, c'est ici que des restaurants servaient de la nourriture avariée aux clients afin de remplir les cliniques privées qui se faisaient un plaisir de faire payer aux assurances des voyageurs des traitements hors de prix.

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A plus d'un kilomètre du Taj Mahal, nous sommes pris d'assaut par des vendeurs de souvenirs qui ne nous lâchent plus. Même en élevant la voix, ils ne lâchent pas prise...

L'entrée du Taj est sévèrement contrôlée. Il y est interdit d'y entrer de la nourriture, des boissons ou des appareils électroniques. Nous sommes fouillés et le flic, pas trop fin, qui ouvre mon sac à dos, m'ordonne de laisser à la consigne la couverture de survie en polyester qui est toujours dedans.

La consigne, dans laquelle nous devons laisser également nos Archos et les Palm ne nous semble pas trop claire. Mais nous n'avons pas le choix, les contrôles ont lieu après l'achat des billets. Billets qui valent quand même 750 roupies pour les touristes et 25 roupies pour les indiens (90 francs contre 3 francs). Bonjour l'arnaque, d'autant que l'expérience nous montre que les tâches rouges, dues aux chiques de bétel, les traces d'urine et les graffitis au feutre ou gravés au couteau, sont plus souvent d'origine locale qu'étrangère...

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Le Taj Mahal est beau comme sur les photos, mais l'intérieur n'a pas beaucoup d'intérêt : le tombeau de la sultane, à qui est dédié le palais, est dans une crypte fermée au public. Par contre, les guides indiens faisant mention de l'écho, classique dans un dôme, laissent les indiens pousser des cris afin de contrôler : le bruit est infernal. Il est vrai que contrairement aux temples hindouistes où il faut "respecter", nous sommes ici dans un espace musulman...

En reprenant nos affaires, le responsable de la consigne nous demande de l'argent, en se plaçant juste sous l'écriteau où il est indiqué que c'est gratuit... Le jour où il existera un vaccin contre l’imbécillité, le laboratoire qui l'aura développé va faire des affaires en or ici.