Le 14 mars, nous prenons le bus pour Jaipur et entamons notre tournée des palais du Rajasthan, après avoir fait celles des temples du sud et des grottes du centre...
La région du Rajasthan est tout aussi sale et désolée en terme de paysages que le reste de l'Inde et nous commençons à ressentir la fatigue due aux trajets dans des conditions épouvantables et aux difficultés incessantes que nous rencontrons.
Les palais sont souvent beaux de l'extérieur, en ce sens qu'ils dominent des villes pouilleuses et qu'ils n'ont donc pas de mal à rivaliser, mais l'intérieur est frustrant : le peu que l'on peut visiter n'est pas passionnant.
A Jaipur, à quelques kilomètres de la ville se dresse par contre un fort, le fort d'Amber qui est plutôt intéressant. De construction massive à l'extérieur (c'est un fort...), il est plutôt fin et joli à l'intérieur. Devant, une grande pièce d'eau dans laquelle trois éléphants prennent leur bain...
Nous quittons Jaipur pour Jodhpur. Le trajet en bus prend 7h30 pour faire 336 kilomètres, C'est épuisant : bruit, cahots et surtout poussière qui s'insinue partout...
A l'arrivée et avant même que nous puissions respirer, une meute d'autorickshaws nous encercle et nous presse de monter dans l'un plutôt que dans l'autre. La technique des coups de sacs à dos pour les disperser nous évite d'en venir aux mains.
La poussière récupérée tout au long des déplacements mais aussi dés que nous mettons le nez dehors, nous oblige à laver continuellement nos affaires qui rendent une eau noire. Sans parler du plaisir de prendre des douches !
Notre séjour en Inde commence à nous peser sérieusement ; beaucoup trop d'éléments négatifs pour si peu de choses intéressantes.... Et tant d'énergie dépensée dans les luttes quotidiennes.
Nous restons plusieurs jours dans un hôtel relativement luxueux dont la piscine, il fait 35 degrés, est disponible tant que les groupes de français ne débarquent pas après leurs visites de la journée. Nous rencontrons deux françaises, Diane et Amélie, qui passent 3 semaines en Inde et qui comme nous en ont raz le bol des conditions extérieures et se "cachent" dans les hôtels confortables.
La ville est un dépotoir poussiéreux et bruyant, dont certaines maisons ont un mur peint en bleu. Nous comprenons pourquoi lorsque nous partons visiter le palais local et que la vue sur la cité nous la montre en grande partie bleue. Jodhpur étant surnommée la "ville bleue" il est indispensabel par contre qu'elle soit vue du palais....
Les charrettes sont tirées par les dromadaires. Les boeufs sont contents que ce soit eux qui bossent et les dromadaires trouvent ça vache. Les tracteurs s'en foutent...
Le 21 mars, nouveau trajet en bus, vers une nouvelle ville : Jaisalmer. Celle-ci possède son palais, lui-même inclus dans un fort. Nous avons la chance de trouve un hôtel magnifique niché dans la muraille du fort et dont la chambre que nous occupons, à une vue imprenable sur la cité et le palais.
Palais, visitable en partie seulement et qui vaut à peine le prix de son ticket. La ville intra-muros se compose de trois rues bordées de boutiques à touristes dont on a vite fait le tour. Par contre plusieurs temples très anciens sont magnifiques. La pierre est taillée comme de la dentelle et les différentes statuettes à l'intérieur sont superbes.
Nous pensons partir le 26 mars de notre donjon, car c'est le jour de la fête de Holi, ou fête des couleurs et il vaut mieux être dans un bus que dans une ville ce à ce moment là. Nous achetons donc nos billets pour cette date.
A l'heure fixée, nous nous rendons à l'endroit prévu, pour nous entendre dire qu'il n'y a pas de bus. Sympa. Entre temps, nous aurons vu les premiers effets de Holi : un autorickshaw dont le conducteur a trop bu vient de se viander contre un muret en béton. Il s'est retourné. Aussitôt des dizaines d'indiens réveillés par le bruit se précipitent autour pour mieux voir, contribuant à achever par étouffement les victimes de l'accident.
Nous rentrons à l'hôtel que nous venions de quitter. Notre départ sera reporté au lundi suivant. Le sentiment de raz le bol devenant un peu trop fort devant ce temps encore gâché, nous décidons de ne pas insister et commençons à envisager une alternative à ce pays...
Mais notre position dans les remparts nous permet de contempler cette fête qui est à l'origine une sorte de grand pardon : en projetant un peu de poudre colorée sur un "ennemi" de la veille, on efface le mécontentement réciproque et on recommence à zéro. Mais la compréhension de la symbolique est différente suivant les "joyeux fêtards". Les plus jeunes (ados et moins de 30 ans) remplacent la poudre par un liquide coloré indélébile. Et les "ennemis" de la veille, sont les groupes de touristes, les femmes étrangères seules et les intouchables.
Une autre version des brimades à l'inférieur.
De véritables guets-apens sont tendus à ces trois catégories qui ressortent maculées de couleurs. En rentrant à l'hôtel, un gamin nous déclare froidement "10 roupies, no problem". Mon regard lui fait comprendre que les problèmes éventuels seraient surtout pour lui...
L'autre aspect de cette fête, c'est la nouvelle occasion de saloper les villes qui n'en avaient vraiment pas besoin.
Le bus du lundi, est bondé, Nous en bénéficions pendant les 7 heures nécessaires à parcourir 330 kilomètres. La fin du voyage va se faire de nuit. Il vaut mieux ne pas regarder la route, les véhicules circulant sans phares, sauf pour se croiser auquel cas ils passent en feu de route. Ne rien voir ou éblouir : comment peut-on avoir un comportement aussi idiot ?
Le 31 mars nous sommes de retour à Delhi où nous nous activons : saut à l'ambassade de Chine où nous remplissons les formulaires et laissons nos deux passeports. Les visas sont à payer avec un chèque bancaire. Nous trouvons une banque qui nous le fait. Dans l'après-midi, tour des agences pour dénicher un Delhi-Pekin à prix correct, ce qui est fait le soir.
Le 1er avril, nous avons nos visas et nos billets d'avion pour la nuit même. La dernière journée à Delhi est marquée par une grève des commerçants qui manifestent contre la future TVA. On se demande pourquoi, la taxe étant payée par le consommateur, pas par eux. Par contre, tout est fermé pour trois jours, Mais nous tournons dans Delhi, l'esprit libéré.
A l'aéroport, dernière arnaque au Duty Free : les prix sont indiqués en dollars, mais nous avons des roupies à liquider. Cette monnaie n'est pas échangeable hors du pays. Nous choisissons donc quelques bricoles et demandons à payer en roupies : le taux de change, qui est normalement de 44 roupies pour un dollar est ici à 60 roupies, soit 30% plus élevé ! Nous faisons comprendre à la dame qu'elle peut garder ses articles et éventuellement les placer là où elle voudra et nous lui donnons même une petite idée de l'endroit...
Notre avion est prévu à quatre heures du matin. Il partira à 5heures 30 emportant à son bord deux français contents de quitter enfin cette poubelle...