Inde

Bénares

Quoi qu'il en soit, nous arrivons à Bénarès (nouveau nom : Varanasi) le 5 mars. Le voyage en train couchette s'est correctement passé. Beaucoup de bruit bien sûr, mais des conditions très convenables. Des hommes armés faisant des rondes régulières dans les couloirs et nos bagages étant attachés par des chaînes et des cadenas sous les banquettes !

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Le train arrive avec une seule heure de retard, avec une moyenne de 50 km/h sur les 700 kilomètres entre Delhi et Bénarès. En arrivant vers Bénarès, nous avons le plaisir de voir toute la virilité indienne en train de chier le long des voies. Spectacle plein de classe.

Après la lutte habituelle avec les autorickshaws et les rabatteurs des hôtels, nous arrivons à notre pension ou le proprio jeune et très sympa nous donne une chambre sur le Gange avec balcon et ventilation.

Il nous demande seulement de ne pas laisser la porte du balcon ouverte si nous ne voulons pas voir les singes envahir notre chambre. Après une bonne douche, nous passons un peu de temps sur le balcon à contempler Bénarès, ville indienne, bien sûr, mais différente de ce que nous avons pu voir jusqu'à présent.

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Elle est construite autour des méandres du Gange, fleuve sacré (mais il y a-t-il quelque chose qui ne soit pas sacré en Inde?). De notre observatoire, nous voyons la quasi totalité des gaths, berges aménagées en escaliers. En haut des marches, des temples, des hôtels, des maisons ou d'anciens palais. Le tout, ayant subit les pluies des moussons et les débordements du Gange est usé et patiné, les couleurs délavées donnant une unité au lieu.

Des pèlerins se baignent dans le Gange, d'autres font leurs prières, des commerçants commercent et des hommes pissent le long des murs ou au milieu de la place. Un cadavre flotte lentement sur le Gange. Il a tout son temps maintenant, il n'a donc pas à se presser. Comme le courant a tendance à le rapprocher du bord, un rameur le repousse un peu vers le milieu du fleuve. Sans plus.

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Nous sortons pour explorer la vieille ville, celle qui longe les gaths sur plusieurs kilomètres. C'est un labyrinthe incroyable, sale bien entendu, mais qui possède un charme fou. Les ruelles étroites laissent passer très peu de lumière laissant entrevoir la vie qui grouille.

La mort aussi ; nous croisons des convois composés de quatre "brancardiers" qui portent un corps sur une sorte de civière en bambous et de plusieurs autres personnes qui psalmodient, le tout à grande vitesse. Il est important de savoir se pousser au moment où on croise cet équipage.

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Nos pas nous portent immanquablement devant le ghat de crémation. Plusieurs bûchers fonctionnent en même temps, à la chaîne devrait-on dire.

Le bois, entreposé près du ghat est pesé, afin de déterminer le prix de la crémation, avant d'être installé en bûcher. Les corps sont amenés près du Gange où ils sont trempés, puis mis à sécher avant la cérémonie et surtout le temps qu'une place se libère. Au moment où ils sont installés sur le bûcher, ils sont débarrassés des ornements mortuaires ; tissus oranges, bandelettes dorées et fleurs, pour ne garder qu'un suaire.

Du bois est ajouté sur le corps et le feu y est mis. Lorsque c'est possible, c'est le fils du défunt qui se charge de cette opération après avoir tourné plusieurs fois autour du bûcher. Nous assistons fascinés, mais distants à cette cérémonie de désintégration d'un corps humain. Les pieds dépassant, ne brûlent pas. Au milieu de la crémation, quelqu'un se charge de casser le corps au niveau des hanches afin de rabattre les jambes sur le bûcher. Redoutable !

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A la fin, le fils se place de dos aux cendres et y envoie une cruche d'eau contenant de l'eau du Gange. Toute l'opération durant un peu plus de deux heures. Nous nous apercevons que les femmes sont étrangement absentes du processus, sauf lorsqu'elles en sont les bénéficiaires. Nous quittons le ghat silencieux et étonnés de notre absence de réaction.

Nous remettons en question notre rapport occidental à la mort qui n'est pas des plus simples. Ce que nous venons de voir, ne touchant pas une personne proche nous a permis de dédramatiser une phase de la vie qui est cachée sous nos contrées. Nous nous doutons bien néanmoins que cette expérience nous aura marquée plus que nous le pensons.

Les jours suivants, nous reviendrons souvent sur cet endroit qui attire comme un aimant.

Un autre gath de crémation plus au nord du fleuve nous réserve des images incroyables : les enfants de moins de 15 ans ne sont pas brûlés, mais simplement jetés dans le Gange. Nous assistons à plusieurs reprises à cette "cérémonie" qui consiste à attacher le corps de l'enfant sur une pierre plate et à aller le jeter par dessus bord vers le milieu du fleuve. Tout est fait rapidement, sans émotion apparente et toujours sans aucune femme. Ces femmes qui dans le cas présent son aussi les mères des enfants. Cela nous dépasse. Nous ne saurions en tirer de conclusion parce que cela touche à un sujet tabou chez nous. Peut-être, avec le temps ?

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Ce qui est très étonnant, c'est que la mort est au milieu de la vie, pas en marge. Nous avons observé à plusieurs reprises des enfants jouant au milieu des bûchers et des chiens qui venaient se servir, sans qu'ils ne soient chassés.

La puanteur et la saleté, parties intégrantes du pays, sont largement présentes à Bénarès. Des monceaux de détritus dans les rues, des ruisseaux d'urine sans cesse alimentés par les hommes, des excréments d'animaux et humains partout et encore et toujours ces rabatteurs et autres sangsues qui collent à nos chaussures.

Il est difficile de faire un pas sans être racolés pour un vendeur de souvenirs, de cartes postales, un tour en barque ou n'importe quoi d'autre. Un individu me tend la main, par réflexe je la lui sers et il commence aussitôt à vouloir me masser le bras ! Pas gratuitement, bien sûr.

Un soir, où nous étions devant le ghat de crémation proche de notre hôtel, un faux guide a commencé à vouloir nous expliquer le processus. Voyant que nous n'avions pas l'intention de l'écouter et encore moins de le payer, il a utilisé la corde sensible en nous déclarant qu'en vertu du respect du à la famille, nous devions nous éloigner et observer la scène à partir du balcon d'un immeuble derrière nous.

Bien entendu, l'accès au balcon est payant et c'est lui qui fait payer ! Comme nous ne voulions toujours pas marcher dans la combine, il nous a menacé de nous chasser à coup de bâtons. Il est difficile dans ce type d'endroit d'élever le ton ou de lui balancer un pain, aussi l'avons nous ignoré stoïquement jusqu'à ce qu'il parte faire son numéro sur d'autres touristes.

Cette scène n'est pas isolée et montre un autre aspect du "combat" de chaque jour et de l'usure des nerfs qui en découle.

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Le 7 mars est le jour, sacré certainement, du mariage de Krishna. Pour le célébrer comme il se doit, nous voyons arriver plus de 50 000 adolescents, que des garçons, tous pieds nus et pas forcement parmi les plus riches, qui envahissent les bords du Gange pour se baigner et faire leurs prières.