L'arrivée à Bombay, ville immense, nous permet de survoler pendant un certain temps d'immenses bidonvilles. A la sortie de l'aéroport nous sommes littéralement agressés par les vrais et faux taxis qui tentent de prendre la course. Ils vont jusqu'à nous arracher nos sacs à dos pour les porter dans le coffre de leur voiture !
A la limite d'échanger des coups, nous nous replions sur un taxi qui a l'air moins agressif. Il est juste plus arnaqueur que les autres. La course jusqu'à l'hôtel étant près de deux fois plus chère que prévue. Nous arrivons donc un peu énervés, à la limite de la lassitude.
La ville de Bombay est assez proche de celles que l'on a pu voir jusqu'à présent : pas de charme et en dehors des zones touristiques où se trouvent quelques trottoirs, on retombe vite dans la saleté, les types qui pissent partout, les bouses de vache et le bruit sans cesse présents.
On y trouve assez peu de temples contrairement au sud de l'Inde et beaucoup de musulmans, la plupart d'origine Perse. Dans les quartiers plus riches, les gens sont habillés à l'européenne et plus en couches culottes pour les hommes et saris obligatoires pour les femmes. Ces saris dont les couleurs nous enchantent sont en fait un uniforme redoutable ! Celles-ci sont en jean ou robes. Les gens dans les restaurants sont plus civilisés et utilisent des couteaux et fourchettes. Le rot n'est pas obligatoire.
Hors des zones "riches", on se retrouve en Inde.
Le lendemain matin, nous assistons au lever du soleil sur la baie. Sur le remblai de nombreux "sportifs" sont à l'oeuvre. Ils marchent légèrement plus vite qu'ils ne le font habituellement et pour montrer qu'ils font du sport et qu'ils ne se rendent pas au bidonville un peu plus loin, ils ont des tennis aux pieds et un vêtement large. Les plus acharnés font des mouvements giratoires avec les bras risquant un accident vasculaire.
Le restant de la journée, leur conscience sportive apaisée ils prendront un taxi pour des distances supérieures à 10 mètres afin d'aller prendre un peu de graisse supplémentaire dans les MacDo qui fleurissent. Ces sportifs de bonne conscience seraient classés dans la petite bourgeoisie en France. Les autres, castes inférieures n'ont ni la graisse à perdre, ni le temps à consacrer à ces simulacres.
Le 24, nous quittons Bombay, sans y avoir sauté de joie en découvrant des merveilles et nous rendons en bus vers Ellora et ses grottes.
Celles-ci, qui datent des années 800 sont taillées dans la roche. Le clou en est un temple hindou, le Kailisa, qui a nécessité l'extraction de 200 000 tonnes de pierres, 150 ans de travail et 7000 ouvriers. Sur une surface deux fois supérieure à celle du Parthénon, il offre plusieurs étages et des sculptures incroyables.
Ce qui est fou c'est que ces grottes sont, si on reprend des termes photo, construites en soustractif. Contrairement à un bâtiment normal où il faut ajouter des briques les unes sur les autres, en comblant du vide, ici on crée du vide en enlevant ce qui est autour des briques. Cela demande une puissance d'imagination qui est depuis longtemps perdue en Inde.
Dictionnaire de l'Inde
Glandeurs : Quand il y a un homme qui travaille quelque part, il y en a obligatoirement trois autres qui le regardent en silence. En silence, car il ne faut pas réveiller les 4 autres qui dorment autour. Lorsqu'il y a des charges lourdes à déplacer, alors ce sont les femmes qui le font.
Sur un chantier, il y a toujours quelqu'un qui se déplace. Il n'est pas sûr qu'il ait quelque chose à faire à cet endroit, mais il y va pour le vérifier et revient après avoir dormi un peu. Il y a beaucoup de mouvement, mais pas beaucoup d'action.
Dans un restaurant, il y a toujours beaucoup de personnel. 80% ne fait rien. Au moment de mettre le couvert, l'un apporte une fourchette, l'autre un verre et cela dure jusqu'à ce que les plats arrivent. Au moment de l'addition, il y a une ruche inactive autour de la caisse. La table est toujours débarrassée en plusieurs fois et surtout lorsque l'on demande quelque chose à quelqu'un, ce n'est jamais cette personne qui l'apporte. Il a donne l'ordre à quelqu'un d'autre. Cela permet de multiplier les erreurs et les incompréhensions.
La région du centre est celle des grottes, comme celle du sud était celle des temples. Nous mettons donc le cap sur Ajanta qui propose en gros la même chose qu'Ellora, mais en moins grandiose.
Le bus nous offre de nouveau une image des rapports hommes/femmes. Sur un siége prévu pour trois personnes sont serrés 5 femmes et un enfant. Sur les deux banquettes derrière elles, sont allongés deux hommes qui dorment. Il n'est pas question pour les femmes d'oser réveiller les deux connards. Seuls des hommes qui monteront plus tard dans le bus se le permettront.
Dictionnaire de l'Inde
Machisme : Contrairement aux pays latins, dont le machisme est surtout sexuel, l'homme faisant le coq pour séduire, ici les rapports hommes/femmes sont hiérarchiques. Les rapports des indiens entre eux sont toujours basés sur cette hiérarchie issue du système de caste.
A ce classement s'ajoute un élément qui explique mieux les choses : le supérieur domine et rudoie l'inférieur. Celui-ci étant frustré va à son tour rudoyer son propre inférieur. Jusqu'aux intouchables qui sont mal barrés. Les rapports hommes/femmes sont régis par ces règles et qui domine qui d'après vous ?
Autre élément amusant, les mariages sont en grande majorité "arrangés". Ce sont les parents entre eux qui décident qui va épouser qui. Entre autres éléments, la caste et la richesse de la partie adverse. Les journaux indiens sont remplis d'annonces dans ce sens.
Il est évident que les idioties véhiculées par les films de Bolywood et qui montrent des indiennes roucoulant devant des indiens afin de se reproduire dans l'amour et la bonne humeur sont une vue de l'esprit. On voit assez peu de couples en formation dans les rues. Les couples que l'on voit se promener main dans la main sont plus souvent des hommes entre eux. Comme on dit, c'est la culture indienne...
A Ajanta, nous nous heurtons à des autorickshaws extrêmement agressifs. Nous les éloignons à coup de sacs à dos. Fatigant.
Au moment d'entrer dans l'hôtel que nous avions choisis, deux jeunes garçons nous affirment que celui d'en face est moins cher et que la nourriture y est meilleure. Sans leur laisser le temps de réfléchir, je leur dis qu'en plus ils doivent avoir une bonne commission. Aussitôt l'un d'eux répond : "Oui, on a 50 roupies !". L'autre, plus vieux, fait la tête en voyant disparaître les roupies sous son nez...
Le 26 nous allons plus au nord, à Jalgaon, ville inexistante autrement que par sa gare d'où nous pensions relier Bénarès encore plus au nord. Hélas, il ne nous est pas possible d'obtenir nos billets de train et nous renonçons. Nous prenons un bus le lendemain pour Aurangabad, ville où beaucoup de femmes portent la burka. Nous restons plusieurs jours dans un hôtel loin de la ville, au bord d'une piscine et loin de l'agressivité et des batailles quotidiennes nécessaires pour avancer un tant soi peu.
Encore une fois, nous devrons prendre l'avion pour nous sortir d'une impasse. Pas grand chose à voir en Inde, mais beaucoup d'argent à sortir.
Delhi, la capitale, est une ville indienne représentative : pollution, bruit, odeurs, bouses de vaches, rabatteurs et petits escrocs en tout genre. Peu d'intérêt donc, mais nous sommes habitués et résignés. Nous n'avons pas oublié l'émerveillement sans cesse renouvelé des paysages ou des sites d'Amérique latine, ni les relations que nous y avions eues, Rien de tout cela ici.
La gare de Delhi comporte un bureau réservé aux étrangers et qui leur permet d'acheter facilement les titres de transport. Il est très mal indiqué et c'est une occasion rêvée pour les rabatteurs. Demander où se trouve ce bureau nous place obligatoirement dans les bras de l'un d'eux qui se fait un devoir de nous emmener dans une agence de voyage où les prix sont supérieurs et encore augmentés de sa commission.
Un premier nous fait faire pas mal de chemin dans le mauvais sens, un deuxième, alors que nous sommes pratiquement arrivés a le culot de nous indiquer une autre direction. Nous l'insultons des pieds à la tête. C'est l'Inde ; une bataille permanente dans laquelle il ne faut surtout pas baisser sa garde. Rien à voir, sauf les indiens qui se conduisent comme des porcs et par dessus cela, l'obligation d'être sur la défensive du matin au soir. Usant.
C'est vrai que le gouvernement indien ne fait pas grand chose pour changer cela. Pire, il le provoque : en indiquant clairement les choses, il couperait l'herbe sous les pieds des escrocs qui ne font qu'entrer dans une brèche. Même chose pour les sites à visiter. Les prix sont systématiquement de 5 à 10 fois plus élevés pour les étrangers que pour les indiens. C'est parfaitement officiel, les tarifs sont affichés au-dessus des caisses. Par la même, le fait que les touristes soient des vaches à lait qu'il faut traire à fond, est officialisé aussi.
Dans les temples il faut obligatoirement laisser ses chaussures à l'entrée. Des endroits, gratuits, sont prévus à chaque fois, pour les garder. En venant les récupérer, c'est systématiquement aux étrangers que l'on demande de l'argent, même s'ils passent après dix indiens à qui on a rien demandé du tout. Au début, on donne un peu et rapidement, on les envoie se faire voir !
Revers de la médaille, le tourisme ne se développera qu'en voyages organisés. Les structures ne favorisant pas des périples tels que le nôtre. Et quand un pays sera plus malin que l'Inde, en proposant des prix inférieurs ou des destinations plus attractives, les voyagistes le proposeront à la place de l'Inde.