Inde

Pondichéry

Le 6, nous prenons de nouveau le bus pour rejoindre cette fois Pondichéry, où habitent des amis indiens, anciens parisiens.

Il n'est pas simple de trouver l'arrêt de ce bus, les chauffeurs d'autorickshaws se faisant un plaisir de nous embrouiller pour mieux prélever leur dîme. Quand enfin nous localisons l'arrêt et le bus, nous nous apercevons qu'il est déjà plein à craquer et que nous devrons faire le voyage debout. On est déjà contents d'avoir pu caser nos sacs à dos dans un coin. Les bus n'ayant pas de soute. Pratique.

inde inde inde

Nous restons debout les premiers kilomètres et trouvons à nous asseoir à trois sur des banquettes prévues pour deux. Il n'y a pas de vitres aux fenêtres dans les autobus afin de favoriser l'aération. D'un autre côté, cela est moyen lorsque le voisin de devant crache par la fenêtre pendant que le bus roule...

Pondichéry est un ancien comptoir français des Indes (18éme siècle). La ville compte à peu près 250 000 habitants intra muros et plus du million avec la périphérie. La ville elle-même est coupée en deux par un canal avec du côté mer, la ville "blanche" et de l'autre côté, la ville"noire".

Pas la peine de faire un dessin : les maisons riches sont du côté de la mer, la ville "noire", plus intéressante est également plus indienne. Nous y retrouvons la même saleté, le même désordre et le même bruit qu'à Madras.

Vers midi, les mères apportent de quoi manger à leurs enfants scolarisés : elles déplient une toile à même le trottoir et nourrissent leurs têtes brunes (il n'y a pas de blonds en Inde).

inde inde inde

Nous visitons un marché, très coloré, pas trop propre et dont la lumière, tamisée par des bâches de différentes couleurs est magnifique. Souvent des marchands nous demandent de les prendre en photo, ce que nous faisons. Ils nous donnent ensuite leur adresse pour leur envoyer la photo. Malins les indiens, mais nous ne sommes pas les photographes officiels et gratuits du marché de Pondichéry.

Sur Nehru street, une grande artère de la ville, nous nous arrêtons pour boire un coca.

Le café est séparé en deux, avec une salle, devant, pour les hommes et une autre, derrière pour les "ladies and families". Cette ségrégation sexiste n'est pas nouvelle pour nous. Elle s'affine au fur et à mesure de nos tribulations.

Tout est hiérarchisation en Inde, que ce soit au niveau de la taille des véhicules, donc de la priorité sur la route, mais aussi de la couleur de la peau ou un indien clair est plus estimé qu'un indien plus foncé ou, bien entendu, sur le sujet des castes qui n'est plus officiellement en vigueur au niveau légal, mais qui est profondément ancré dans la tête des gens ici.

Pour chaque niveau, existe un sous niveau féminin. L'organisation sociale est de type matriarcal pourtant ; peut-être les hommes sont-ils simplement incapables d'organiser quoi que ce soit ?

Nous nous rendons compte en autobus qu'un simple regard d'un indien de caste supérieure suffit à faire déplacer un intouchable (devenu pour être politiquement correct un "non scheduled" ou non-repertorié). Les étrangers sont positionnés à l'étage le plus bas...

inde inde inde

Il est d'ailleurs admis qu'il vaut mieux éviter de serrer la main d'une personne dont on ne connaît pas la caste avec certitude. Nous ne serrons donc la main à personne, on ne sait jamais !

Ces observations "sociologiques" nous amènent à percevoir cette partie du voyage de manière différente. Il est plus difficile qu'en Amérique du sud de décrire géographiquement notre voyage, les lieux étant moins riches, aussi allons-nous introduire des petits commentaires sous le titre (pompeux) de "Dictionnaire de l'Inde".

Ce dictionnaire sera le fruit des petites expériences acquises ici et là.

Dictionnaire de l'Inde

WC Public : Lieux équipés d'un système spécial qui indique sa présence aux aveugles à plusieurs centaines de mètres, en fonction du sens du vent.

L'ashram de Sri Aurobindu

Nous profitons de notre séjour à Pondichéry pour aller visiter l'ashram de Sri Aurobindu.

"Un ashram est un lieu de retraite où des fidèles d'une communauté religieuse ou philosophique se placent sous l'autorité d'un maître à penser ou "Gourou" pour y recevoir un enseignement. "
(Régis Airault in "Les fous de l'Inde").

On voit vite les risques de glissade.

Quatre genres différents :

- Les ashrams d'étude,
- Les ashrams religieux,
- Les ashrams thérapeutiques,
- Les ashrams philosophiques.

Les ashrams thérapeutiques ont pour objectif de soigner les personnes en difficulté, les ashrams d'étude, de donner une éducation.

Mais les plus connus étant les deux autres avec, par exemple, la secte Hare Krishna dans la catégorie religieuse et Sri Aurobindu dans la catégorie philo.

Cette dernière dispense un package mystico psychologique propre à faire glisser des personnes un peu faibles du bulbe rachidien. Le tout dans une ambiance de paix et d'amour qui "éloigne les traumatismes et l'angoisse".

On y retrouve bien sûr les psychotiques occidentaux qui sont "tombés dedans" et qui entrent dans cet univers pseudo mystique où ils pensent acquérir une connaissance d'eux-mêmes et surtout faire les guignols à l'abri des regards critiques de leur propre pays. Parfois, cela fonctionne, mais le plus souvent, le grand bénéficiaire est l'ashram lui-même.

Celui de Pondichéry est propriétaire d'une grande partie des maisons (grises et blanches) de la ville. Nous y entrons et nous rendons sur la tombe des deux fondateurs, à savoir Sri Aurobindo et "la mère", sa copine. La mère est pour les indiens la personne qu'il faut à la fois rechercher et craindre.

Ce lieu dans lequel il faut entrer pieds nus est vénéré de manière religieuse. Les tombes sont recouvertes de fleurs dans lesquels les fidèles se trempent le visage et les mains dans une gestuelle délirante.

Sur le bord de la tombe, un texte, qui place définitivement cet endroit dans les sectes, nous rassure sur le culte de la personnalité en vigueur dans l'ashram :

"Le 9 décembre 1950.... A toi qui fus le revêtement matériel de notre maître, à toi notre infinie gratitude, devant toi qui a tant fait pour nous, toi qui a tant travaillé, lutté, souffert, espéré, enduré, toi qui a tout voulu, tout tenté, tout accompli pour nous... etc."

Nous reprenons le lendemain la route de Mamalapuram afin d'apporter à la famille du pêcheur la somme qui va lui permettre d'acheter sa barque et son matériel de pêche. Les parisiens ayant été particulièrement efficaces. Beaucoup d'émotion lors de cette seconde rencontre.

Sur la route, des rizières à perte de vue avec les taches de couleur des saris des femmes qui replantent le riz. Pas d'hommes en vue.

Hier, une manifestation s'est tenue devant le gouvernement de Pondichéry, les pêcheurs du Tamil Nadu (province du sud de l'Inde) réclamaient à la fois l'aide promise et la réouverture de la pêche sur leurs côtes. La pêche est en effet interdite pour motif que les poissons ont pu bouffer des morts. Espérons que leur digestion sera rapide !

Le poisson vient donc exclusivement du Kerala, l'état qui donne sur l'ouest et où les poissons sont nourris exclusivement avec des daphnies.

Les pêcheurs qui vivaient sur la plage et dont les maisons ont été détruites par le Tsunami vivent aujourd'hui dans des camps de toile ou de tôles ondulées de l'autre côté de la route à plusieurs centaines de mètres de la mer. A l'entrée de ces camps, le nom de l'organisme ou de pays en ayant assuré le financement est indiqué en lettres énormes.

Chidambaran

Le 11 février nous reprenons le bus en direction de Chidambaran. Avant de partir nous restons en plein soleil pendant 45 minutes. Il fait déjà 33 degrés. Des que le bus démarre, le chauffeur se met à klaxonner comme un abruti. Le bruit produit est insupportable. De plus il conduit n'importe comment, doublant sans aucune précaution. A un moment, il dépasse, sans aucune visibilité, trois bus à la suite. Manque de pot, la voiture qui arrive en face est une voiture de flics !

inde inde inde

Trois kilomètres plus loin, il est arrêté par une patrouille devant le commissariat local. Il y reste plus de trois quarts d'heures, nous laissant une nouvelle fois en plein soleil sur le bord de la route. Quand il revient, il est très énervé et tente de rattraper son retard. Merci la police !

Le temple de Chidambaran, sur 22 hectares, est superbe. Datant du 12ème siècle, son architecture à colonnes est magnifique. A l'intérieur, les mêmes fidèles qui se roulent par terre et qui ont une gestuelle enfantine. Cette religion est loin d'être intellectuelle !

Les "prêtres" travaillent chacun pour leur chapelle. Les hindous ont les dieux qu'ils veulent, chaque prêtre en récolte les roupies en vendant sur son territoire des offrandes et autres bénédictions. Une grande surface de la foi, en quelque sorte.

Souvent, ces vendeurs, en couches culottes et empeinturlurés, nous collent d'office un point de couleur entre les yeux pour nous faire une démonstration de leur culte et surtout nous faire cracher des roupies. Mauvaise psychologie quant au choix des clients !

La chasse à la roupie est le principal sport dans les temples, où tout se paye y compris le droit de faire des photos. Tout au long de la visite il y a toujours quelqu'un qui contrôle que l'on a bien payé pour utiliser un appareil photo et surtout que l'on est bien pieds nus. Quand le sol en brique a été chauffé toute la journée par le soleil, c'est un vrai plaisir que de s'y promener !

Dans le coeur du temple, où les non hindous n'ont pas le droit d'entrer, les photos sont complètement interdites.