Inde

Madras (Suite)

Nous visitons notre premier temple hindouiste, le Sri Kapallees Warar. Très coloré, jusque sur les toits, il nous donne à voir une partie des milliers de divinités locales.

Les fidèles font des tours sur eux mêmes, se tirent le lobe des oreilles ou se couchent brusquement par terre. Surprenant. Nous entrons candidement dans le temple central, enfumé par les encens et dont nous nous faisons sortir manu militari par une sorte de portier qui en nous aboyant dessus nous montre l'écriteau : "Not allowed to no hindus" (en gros : "Barrez-vous !").

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Dans les rues, les voitures roulant à gauche, il nous faut prendre l'habitude pour traverser. Cette manoeuvre, périlleuse, est à l'image des premiers jeux vidéos ou une poule devait traverser l'autoroute : il faut éviter le premier danger, souvent une moto et avancer ou reculer en fonction de ce qui arrive derrière. Mais il peut alors y avoir une autre moto ou un autorickshaw qui suivait la moto sur la première file. Et cela plusieurs files de suite, car tout le monde fait n'importe quoi.

Quand on arrive de l'autre côté, on est content d'être vivant.

Et on a le droit de rejouer un peu plus loin, car il n'y a pas de trottoirs ou que les gens sont couchés par terre, ou encore qu'une vache semble un peu agressive. La priorité dans la ville est fonction de la taille du véhicule : par ordre de vulnérabilité, on trouve les piétons, puis les vélos (nombreux), les motos, les autorickshaws, les voitures, les bus et enfin les camions.

Les autorickshaws ont une façon de se mouvoir qui leur est propre : ils ne s'arrêtent pratiquement jamais, se faufilent partout et n'hésitent pas à doubler et à coller les autobus, ils utilisent leurs klaxons à tout bout de champ et ont le chic pour intégrer le flot de circulation après un carrefour ou un changement de rue. Dans les bouchons (nombreux également), ils se font un devoir de se trouver bloqués derrière le pot d'échappement d'un "gros" (bus ou camion), afin que nous puissions ingérer notre dose de gaz à effet de serre.

C'est le 2 février que nous apprenons une nouvelle qui va faire avancer le pays à pas de géant : un pilote de formule 1 indien, Narain Karthikeyan, va participer au prochain championnat du monde au volant d'une Jordan ! La nouvelle est en premier page du très estimé "The Hindu". Nous voila biens.

Nous visitons également un musée dont le seul intérêt est la salle des statuettes en bronze dont certaines ont beaucoup plus de bras que la normale. L'artiste devait avoir fumé autre chose que des bidis !

Mamalapuram

Le 3 février nous sortons de nos petits 150 Km carrés pour nous rendre à 50 Km au sud de Madras, à Mamalapuram. L'expédition commence par un autorickshaw qui au lieu de nous amener au dépôt des bus veut absolument nous faire passer par un emporium pour toucher une commission. Nous devons hausser le ton et menacer de ne pas le payer du tout si il nous dépose devant ce type de magasin à souvenirs pour touristes en groupes.

L'autobus fait les 45 Km en deux heures. Deux heures que nous savourons avec la radio à fond la caisse, le bruit du moteur, le klaxon incessant, les bruits extérieurs et la pollution. La Bolivie et ses bus sont à ranger au niveau du pipi de chat !

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Mamalapuram est une petite ville, sans le bruit et la pollution de Madras, mais avec les touristes en plus. La plage est dévastée par le Tsunami du mois de décembre 2003, mais elle est parfaitement dégagée devant les grands hôtels autour desquels des petits murets sont en construction. De nombreux réservoirs d'eau marqués Unicef ou UFRA sont posés dans les rues.

Sur la plage un temple superbe, le Shore Temple et des sculptures sur des rochers pour décorer. Dans la ville quelques temples sculptés à même les roches, mais surtout des rabatteurs qui sans arrêt nous invitent à entrer dans une boutique pour y remplir nos valises et vider nos cartes de crédit. Le repas végétarien est beaucoup moins épicé qu'à Madras signe qu'ils sont bien habitués aux goûts des touristes.

Des mendiants nous tendent la main en nous disant un seul mot : "tsunami". C'est pour eux l'ouverture assurée du porte monnaie. Il est vrai que "avalanche" serait moins crédible. Mais jouer ainsi avec ce type d'événement et tabler sur le sentiment de culpabilité des occidentaux a quelque chose d'agaçant...

Nous sommes sans cesse arrêtés dans les rues par des gens qui veulent nous vendre n'importe quoi, que ce soient des cartes postales, des soies peintes, des trucs sculptés, ou même des tenanciers d'orphelinats qui tentent d'obtenir de l'argent pour un établissement qui ne sera ouvert que pendant la saison touristique. Le soir, les enfants sont exposés sur un balcon et sur ordre de leur "bienfaiteur", ils invitent inlassablement, les touristes à venir verser leur obole.

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Dans un temple, une vingtaine de ces touristes sont assis sur le côté exhibant des airs béats et niais. Leurs peintures de guerre sur le front, ils attendent la fin du monde dans un silence respectueux...

C'est l'occasion de découvrir cette race de touristes que nous rangerons dans la catégorie de "ceux qui sont tombés dedans", à savoir les occidentaux qui se déguisent en indien dés l'aéroport : point au front pour les femmes, saris et foulards assortis, sandalettes aérées, prières dans les temples, mecs en panjabi (pyjama de jour) et décorations colorées sur le front, on en à même vu une qui se couchait sur les pieds d'un dieu quelconque pendant que son guide, indien, regardait ailleurs, gêné par tant de conneries !

On se demande ce que viennent chercher en Inde ces gens qui sont plus indiens que les indiens eux-mêmes. Le phénomène semblant, de plus, propre à ce pays. Est-ce un moyen d'acquérir la sagesse qu'ils pensent innée chez les indiens ? Mais, quand on gratte un peu la sagesse indienne, on trouve surtout du machisme et une hiérarchisation sociale qui en est loin.... La question se posera pour nous à chaque fois que nous rencontrerons ces déguisés en provenance du Cantal ou de la Loire inférieure.

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Mais l'objectif de notre visite à Mamalapuram est avant tout de retrouver une famille de pêcheurs victime du Tsunami et que connaît l'un de nos amis parisien. Il nous a confié une petite somme d'argent à leur intention, afin de les aider à redémarrer.

Nous retrouvons Madame et Monsieur Ramanchandram après quelques difficultés.

Ayant sans aucun doute, l'air de deux occidentaux porteur d'argent, toutes les personnes à qui nous demandons notre chemin, s'appellent justement Ramanchandram et nous invitent à venir vider nos poches chez elles. Mais nous finissons par mettre la main sur le bon Ramanchandram. Sa maison est complètement détruite, ainsi que sa barque. Son épouse a été blessée au visage. Il nous invite à partager un plat de riz et du lait de coco et nous raconte que le gouvernement indien a très rapidement dressé l'état des lieux et a versé uniquement 2000 roupies par famille (240 francs), un costume d'écolière et un sac à dos pour la cadette. Depuis plus rien. Les hôtels de luxe sur la plage sont beaucoup mieux lotis...

Il nous indique le prix d'une barque, son outil de travail et seul moyen de subsistance. Nous rajoutons à la somme prévue par notre ami et décidons de remuer nos connaissances pour permettre à ce pêcheur d'acheter au moins une nouvelle barque et des filets. Ce geste est une goutte d'eau, mais nous donne l'impression d'être utiles. A l'origine, nous pensions rester un peu de temps dans la région pour donner un coup de main, mais le gouvernement ne souhaite pas la présence des ONG et, de plus, nous estimons ne pas avoir de raison de déranger les indiens qui dorment ça et là...