Nous voyons par contre beaucoup de mendiants, dont un certain nombre d'enfants, ce qui est surprenant dans une province administrée par la Chine. A cela deux explications possibles :
- Le Tibet est beaucoup plus pauvre que les autres provinces chinoises que nous avons visitées,
- Il y a beaucoup de touristes occidentaux moins habitués aux pays pauvres et qui se laissent facilement attendrir.
Quelque soit le pays, il est bien sur impératif de ne jamais donner d'argent aux enfants. L'argent va à leurs parents, ou à la personne qui les fait mendier et quand ils sont dans la rue, ils ne sont pas à l'école. De plus cet argent facile n'est surtout pas la meilleure approche de la vie que l'occident peut leur donner.
Rouvrir le Tibet et donner à voir cette pauvreté n'est-il pas un constat d'échec pour le gouvernement chinois ? Ou alors quel est le but recherché ?
La grosse majorité des occidentaux présents au Tibet sont des américains. Beaucoup d'allemands également. Tous en voyage organisé. Ce qui signifie qu'ils ne voient que ce que les guides veulent bien leur montrer. Tout est fait au Tibet pour ne pas pouvoir voyager seuls. Nous nous heurterons à beaucoup de difficultés pour nous déplacer.
A plusieurs reprises, on nous demandera des photos du Dalaï Lama. Outre le fait que nous n'avons sur nous que des photos de Jean-Paul II, il est extrêmement dangereux pour les tibétains de se faire prendre avec. L'occidental qui fournira les photos risquera au plus une expulsion. Et on ne sait jamais si ce n'est pas un flic qui demande les photos…
On rencontre également des gens qui nous demandent de les prendre en photo pour ensuite nous réclamer de l'argent. Encore une pollution des touristes. Tout comme ces enfants qui ne connaissent que le mot "money". Heureusement, c'est bien loin d'être une majorité et nos rapports avec les tibétains sont très chaleureux. Le 1er juillet, nous entamons une de nos premières promenades dans le quartier tibétain.
Nous arrivons par hasard dans une rue commerçante, c'est à dire bordée de petits étalages ou de marchandises diverses posées à même le sol. Au milieu de la rue, un temple, le Ramoche autour duquel des pèlerins tibétains sont assis. A l'intérieur, une cérémonie. Le temple est vraiment ancien, pas reconstruit comme ceux que l'on a pu voir en Chine. Peu de lumière, une ambiance humide où domine l'odeur du beurre de yack mélangé à celui de l'encens.
Des dizaines de moines au centre et autant de fidèles assis en tailleur tout autour. Au fond, une petite chapelle où les fidèles ajoutent une cuillerée de beurre de yack autour des bougies. Histoire de raviver l'odeur…
L'atmosphère est étrange. Ni chinois, ni occidentaux, nous sommes hors du temps et sentons toute l'authenticité du moment. Les mélopées des moines sont envoûtantes. Une expérience étrange. Au moment où nous arrivons, les moines distribuent du thé et du pain aux participants. Quelques fidèles nous tendent un morceau de leur pain que nous refusons avec un sourire.
Contrairement aux temples chinois qui sont très clean, ici tout est patiné. Le sol est glissant à cause du beurre. Les murs sont noirs de crasse. Mais nous nous y sentons bien. De nouveau, nous ne comprenons pas pourquoi les chinois laissent autant d'autonomie et de culture à ce peuple qu'ils ont pourtant assimilé de manière aussi violente…
En ressortant, nous tombons sur un marché couvert dont les escaliers nous invitent à monter le plus haut possible. Nous arrivons sur le toit qui domine les rues grouillantes de monde et plus loin, le Potala. Encore une magnifique découverte.
Nous prenons également notre premier thé au beurre de yack dans une des nombreuses cours intérieures du quartier. Celle-la est protégée du soleil par une tenture qui la recouvre toute. Quelques tables suffisent pour créer un café. Le thé est surprenant en terme de goût. Le beurre ayant un fort goût de rance. Nous le buvons un peu du bout des lèvres… Et comme pour 0,60 yuan par personne (50 centimes), il est à volonté, la serveuse vient nous remplir notre verre des qu'il est vide ! Pas de chance.
Les jours qui suivent nous amènent dans le Barkhor, le quartier qui jouxte le temple du Jokhand. Bizarrement, nous laissons passer quelques jours avant de pénétrer dans le temple. Les rues nous suffisent largement pour le moment et nous repoussons donc le moment d'entrer dans ce lieu si fascinant.
Devant le Jokhand, des fidèles se prosternent en glissant par terre jusqu'à avoir le front sur le sol, les bras tendus devant. C'est assez surprenant. Les jambes sont attachées par une cordelette au niveau des genoux et les mains qui frottent le sol sont protégées soit par des gants, soit posées sur des petits bouts de carton. Nous restons un grand moment à regarder cette scène qui se répète à l'infini.
Ensuite et de manière religieusement incorrecte, nous tournons à contre sens dans le circuit de pèlerinage tout autour du temple. (C'est à dire dans le sens anti horaire). Cela nous permet de voir venir vers nous ces milliers de pèlerins tibétains qui font tourner leurs moulins de prières tout en récitant des choses que nous ne saisissons pas vraiment.
A ce propos, la langue tibétaine est très différente du chinois. Il ne semble pas y avoir autant de tons différents et sa sonorité est proche du russe. De même, l'écriture qui n'est pas basée sur des signes, mais des caractères est assez proche de l'arabe dans son dessin.
Les gens que nous croisons sont magnifiques. Beaucoup nous font des petits signes de sympathie. La plupart des enfants nous lancent un "Hello" et nous font un signe de la main avant de nous dire "Bye Bye".
A un moment, des gamins nous montrent leurs livres de classe. Pour chaque image, Line leur dit le mot en français. Eux nous le donnent en chinois. L'enseignement étant fait en chinois au Tibet. A la fin et après le traditionnel "Bye Bye", l'un des gamins revient et nous donne son livre. Nous le refusons, pour ne pas lui causer de problème le lendemain, mais comme il insiste, nous le prenons.
On suppose qu'étant début juillet, l'école devait être terminée. Du moins on l'espère !
En face de notre hôtel est une minuscule échoppe de boucher. Une porte en travers de laquelle est une petite table et une pièce minuscule à l'arrière pour toute boutique. Sur la table, un morceau de barbaque unique et une balance. Devant la "boutique" joue un minuscule chaton roux.
Le Lundi devant être jour de livraison, nous voyons arriver le jeune boucher sur son vélo, tirant une petite carriole. Dedans, quelques carcasses de yack séchées. Il s'arrête devant la porte, descend de son vélo et va chercher une bâche qu'il pose sur le sol devant la porte.
Pour mieux étaler la bâche, il marche dessus avec application, y répandant au mieux les crachats glanés à droite et à gauche. Ensuite et sans problème, il fait glisser les carcasses sur le sol et les traîne jusqu'à ce qu'elles soient sur la bâche. Une fois la bâche remplie et la carriole vidée, il recouvre sommairement la viande et va s'occuper d'autre chose.
La viande reste là une bonne partie de la journée, en plein soleil, au grand bonheur du chaton qui joue à se cacher sous la bâche et à se faire peur devant des gros morceaux de yack. Le midi, on a mangé des légumes.
Nous entamons quand même un jour la visite des temples de la ville et de ses environs. Nous commençons par le Jokhand, lieu sacré du bouddhisme tibétain. Le billet, qui coûte 70 yuans (45 francs) est fourni sous forme de mini CD, format carte de visite. Décalage étrange entre le 15ème et le 21ème siècle !