La ville, peu intéressante est en cours de déconstruction. De nombreux quartiers sont en ruine en attendant d'être remis au goût du jour, c'est à dire ponctués de gratte-ciels, de bâtiments administratifs sans âme et de commerces. Deux intérêts à Chengdu : l'aéroport qui peut conduire jusqu'au Tibet et le centre d'élevage et de protection des pandas géants.
Nous nous procurons un billet pour les deux destinations. Pour le Tibet, nous passons par un hôtel qui nous dispense d'une quelconque autorisation d'entrée moyennant une bonne commission. L'alternative étant de voyager en groupe, nous préférons la commission !
Pour ce qui concerne les pandas, nous passons de nombreuses heures à observer ces étonnantes bestioles qui contrairement à ceux de Pékin ne nous tournent pas le dos. Nous découvrons, étonnés, l'existence de pandas roux, sorte de renards en forme de petits ours qui sont adorables. Ils passent leur temps à se courir après et à faire semblant de se battre.
Nous voyons trois bébés pandas de 6 mois dans une nurserie, dont l'un vient se coller derrière la vitre d'où nous l'observons pour se trouver, vitre mise à part, à 20 centimètres de nos visages ! Pour nous voir de près, il est monté sur une chaise de laquelle il va se casser la figure avec fracas. Il termine son numéro en allant se coucher sur le dos au milieu de ses deux autres copains qui eux dormaient depuis longtemps !
Nous verrons également un panda adulte sur une table d'opération entrain de se faire triturer par les vétérinaires du centre.
La chaleur est étouffante (39 degrés). La pluie, prévue pour le lendemain, tombera toute la nuit.
Nous quittons l'hôtel vers 5 heures 30 pour prendre un avion qui va nous conduire à Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet.
A l'aéroport, toujours les mêmes chinois qui tentent de passer devant tout le monde. Mais nous commençons à avoir l'habitude et nous ne nous laissons plus faire. Comme souvent, ces tentatives pour passer devant les autres n'ont pas une once d'agressivité. C'est juste culturel…
Après un bon moment à faire la queue pour l'enregistrement, nous avons la surprise d'être surclassés en première !
Le vol se passe donc plutôt bien, une charmante hôtesse étant à nos petits soins pendant les deux heures du voyage qui vont nous faire survoler les contreforts chinois de la chaîne Himalayenne. Les sommets enneigés dépassent des nuages. Peu avant d'arriver, les sommets moins élevés laissent entre eux de grandes étendues plates et vertes. C'est l'Altiplano tibétain qui s'offre à nos yeux. Comme son confrère bolivien, celui-ci se place vers la barre des 4000 mètres.
A l'atterrissage, nous reprenons contact avec le sol et avec les bâtiments militaires chinois le long de la piste.
L'arrivée à Lhassa ne pose aucun problème et sans aucun contrôle de quoi que ce soit. Ce qui nous étonne un peu... Seule la présence de militaires nous rassure sur l'autonomie de la province. On se croirait sur la place Tian An Men... A quelques centaines de mètres se dressent les premières montagnes et devant, au sommet d'un immense mat, un drapeau chinois nous rappelle que nous sommes bien en Chine.
Nous prenons un bus devant l'aéroport qui nous transporte pendant 90 minutes vers Lhassa. La campagne est jolie, verte et jaune de colza. Les maisons sont plates et blanches, leurs toits sont ornés de drapeaux de prières multicolores.
Les ponts sont ornementés par des militaires qui les gardent avec application.
Nous arrivons à Lhassa par l'ouest, c'est à dire par la ville chinoise. Le quartier tibétain étant lui à l'est. Au centre, sur une colline, le palais du Potala. Notre logement trouvé, dans la ville tibétaine, nous ressortons aussitôt pour revenir vers le Potola situé à moins d'un kilomètre.
Le bâtiment est une pure merveille. Faisant corps avec la colline sur laquelle il est construit, il domine la vallée qui sert de cocon à Lhassa. Majoritairement blanc, il devient rouge brique à son sommet avec quelques parties jaunes par-ci par-là. D'architecture désordonnée, il impose par sa masse et sa puissance le pouvoir des dalaï lamas dont il était le palais d'hiver.
La recette est ici la même qu'ailleurs : la religion domine d'abord par sa présence imposante.
La visite étant payante, nous la remettons à plus tard, d'autant que les 3600 mètres d'altitude de la ville doivent d'abord être apprivoisés avant de monter à l'assaut de cette magnifique forteresse...
Nous nous "contentons" d'en faire le tour et de suivre le chemin des pèlerins qui depuis des siècles font inlassablement tourner de la main les milliers de moulins à prières qui jalonnent le parcours.
Dans l'autre main, la plupart ont un petit moulin à prières portatif qu'ils font également tourner avec l'espoir que les textes sacrés que les moulins contiennent, s'envolent pour résoudre les problèmes du monde.
Les pèlerins tibétains viennent de toutes les régions du pays. Leurs visages sont burinés, tannés par le soleil. Leurs joues aux pommettes hautes sont plus foncées ; l'altitude et donc le manque d'oxygène amenant un surplus de globules rouges. Ces visages nous rappellent ceux des péruviens et des boliviens des hauts plateaux.
Ils ont, comme eux, des torses très développés protégeant des poumons dimensionnés pour récupérer un maximum d'oxygène. A leurs vêtements de différentes couleurs et formes on se rend compte qu'ils viennent de régions différentes du Tibet.
Les femmes sont souvent très belles et dignes dans leurs longues robes noires agrémentées d'une sorte de tablier aux rayures horizontales. Les hommes ont leurs cheveux longs ramenés en tresse sur le haut du crâne par un foulard rouge ou noir. La base de la tresse est passée dans un morceau d'os. A leurs ceintures, un long poignard incrusté de pierres.
Les bébés, comme les bébés andins sont à croquer. Ils sont portés attachés sur le dos de leurs mères par un tissu qui passe sous leurs petits bras et leur tient les jambes au niveau des genoux.
Le parcours des moulins à prières autour du Potola n'est pas mentionné sur les guides. Nous n'y croiserons aucun occidental... Pas plus que dans le marché couvert proche du Potala et dont le quartier de la viande donne envie de manger du poisson ou des légumes. Les morceaux de viande de boeuf, porc, ou yack sont posés sur l'étalage sans précaution particulière et sont coupés à la hache et au marteau.
Le "boucher" fume ou crache comme si il était dans un bus. Si un morceau tombe par terre, pas de problème, il est ramassé et remis en place avec les autres...
Mais l'ambiance est joviale. Les gens nous sourient et nous souhaitent la bienvenue en nous lançant des "Tashi Delek !" amicaux.