Mais Tunxi est aussi un cul de sac en terme de transport. L'aéroport, raison de notre passage par cette ville, ne sert qu'à une seule compagnie, China eastern, dont le siège est à Shanghaï et dont tous les vols passent donc par cette ville. Ce qui nous fait revenir vers l'est, même et surtout, si nous voulons aller vers l'ouest. Pas pratique. Aussi prenons-nous un bus pour Hangzhou, au sud de Shanghaï.
C'est la ville la plus importante à posséder un aéroport "ouvert". Trois heures de voyage dans un bus Super Class et sur une autoroute nouvellement construite et nous voilà dans la ville.
Le soir, nous dînons dans un Pizza Hut, le fin du fin en matière gastronomique est fréquenté par l'intelligentsia de Hangzhou. Il faut dire qu'on est loin des livreurs à mobylette de Paris. Ici le décor est soigné, même si les pizzas sont les mêmes. Nous découvrirons un dimanche la sortie obligée de la ville, en l'occurrence le KFC. Vivement Paris et ses restos chinois !
Nous passons quelques jours au bord du lac de cette ville. Nous en faisons à plusieurs reprises le tour à pied soient quelques onze kilomètres. Il est agrémenté de pagodes et autres décorations qui en font un très joli endroit. Le soir, les habitants se réunissent pour écouter de la musique jouée par des particuliers et chanter avec eux, pour jouer aux cartes et surtout pour faire voler leurs cerfs-volants.
Ceux-ci sont magnifiques et maniés avec une grande dextérité. Chaque possesseur essayant de faire les plus belles figures. Le nec plus ultra étant de faire descendre son cerf-volant le plus bas possible afin de lui faire frôler l'eau du lac. De nombreux "oh !" admiratifs viennent saluer l'exploit. Beaucoup de rires lorsque le cerf-volant s'abîme dans les eaux du lac. Le chinois est comme cela, il préfère les héros !
Nous croisons, là encore, ces nouveaux riches qui dédaignent leurs anciens condisciples, qui hurlent partout dans leurs téléphones portables, qui roulent dans des voitures haut de gammes, avec la boite de Kleenex sur le tableau de bord et qui comble de la classe, relevant leurs tee shirt sur leur poitrine quand il fait trop chaud découvrant leurs ventres remplis, symbole de leur argent.
Nous visitons également la pagode Leifeng. C'est son nom sur les guides. De loin, elle a une certaine prestance, dominant le lac sur sa colline. Lorsque l'on approche, le nom de l'édifice devient 'Leifeng Tower". Cela fait plus américain, donc plus classe, mais surtout cela enlève les attributs historiques ou religieux du mot "pagode".
Le monument est incroyable. Construit depuis peu, il est constitué d'une structure métallique ultra moderne en forme de quatre jambes, qui soutiennent les 5 étages de la construction. L'extérieur est recouvert de faux bois, le centre est constitué d'une batterie d'ascenseurs entourés de verre, qui emmènent les visiteurs au dernier étage. La vue est très correcte, mais le bâtiment, que l'on prend de loin pour une pagode en bois de l'époque Qing, est absolument merdique.
Il est assez inquiétant de voir dans cette tour les dernières limites de la reconstruction de la Chine. Beaucoup de monuments ayant été détruits au cours de la révolution culturelle, ont été reconstruits à l'identique ou presque depuis le début des années 80. La nouvelle Chine est donc aseptisée. Avec cette tour Leifeng, on voit le risque, pour cette Chine aseptisée, de perdre également son âme.
Mais la ville nous réserve d'autres lieux plus intéressants, comme ces grottes bouddhiques où les statues sont sculptées à même la roche, ces bateaux qui nous promènent sur le lac à la rencontre des petites îles charmantes où nous prenons des tasses de thé qui se prolongent des heures durant, ou ces restaurants populaires où nous nous régalons de raviolis au porc cuites à la vapeur ou d'autres "choses" que nous avons du mal à situer, mais qui sont bonnes également.
Nous regardons pas mal la télévision depuis notre arrivée en Chine. La chaîne nationale, CCTV (China Central TV) est découpée en une douzaine de succursales. Une certitude encourageante : il est possible, pour un chinois, de voir le président Hu Jintao, au moins une fois par jour sur le réseau CCTV. Voire beaucoup plus, si il regarde la télé plus de 60 minutes par jour !
D'autres chaînes, souvent régionales, passent les mêmes programmes.
On peut aussi regarder trois grands types de feuilletons :
1) Période Ming ou Qing, où les héros ont une tresse, sont rasés jusqu'à la moitié du crâne et affrontent les méchants en volant jusqu'à eux et en les tuant avec du kung fu. Les héroïnes, très jolies ont l'air de gourdes et portent des kimonos vaporeux.
2) Période Mao, où les héros sont des militaires et les héroïnes aussi. Elles sont moins jolies, mais participent activement à la révolution.
3) Période actuelle, où les acteurs sont normaux, ou flics, ou militaires. Ils font et racontent des choses incompréhensibles pour un non chinois, mais tout à l'air de bien fonctionner.
Quatre CCTV sortent du lot :
CCTV 5, la chaîne du sport qui propose Rolland Garros, le Tour de France, la F1, en quasi-direct et en chinois.
CCTV 7, la chaîne des militaires qui donne une vraie information objective avec de jolis présentateurs en uniforme. PPDA en adjudant-chef, donc avec plus de prestance... On y voit aussi des dizaines de bidasses assis en rang et qui écoutent religieusement leur colonel raconter sa bataille pour l'indépendance du Tibet. La bonne position étant de garder les mains sur les genoux et de soulever un petit fanion au signal du présentateur. C'est très très beau.
CCTV9, la chaîne internationale qui parle en anglais. Un véritable petit CNN dont le logo ressemble à celui de son grand frère propagandiste américain. Les journalistes sont deux pour présenter les infos, souvent un homme et une femme, on a même vu un homme de couleur ! L'info est agrémentée par des barres d'information qui défilent et qui causent d'économie, de sport et d'infos. Du déjà vu donc...
Autre CCTV, mais qui ne porte pas de numéro, consacrée à la musique et qui passe des concerts de classique. Au top 10 des diffusions, le concert du nouvel an de Vienne. Une des rares chaînes à ne pas passer des images de Hu Jintao. Sauf si un jour, il se met à jouer de la flûte ou du tambourin...
Nous quittons cette (très) petite mer intérieure, pour la mer de Chine et l'île de PutuoShan.
Après deux bus et un bateau, nous débarquons sur cette magnifique petite île couverte de monastères et bordée par de l'eau un peu marron. Nous avons la chance qu'il y fasse beau car en ce moment la Chine est coupée en deux : au nord, vague de chaleur, au sud vague de pluie et inondations. Nous voguons d'ailleurs depuis plusieurs semaines entre ces deux attitudes de la météo.
L'entrée sur l'île coûte 110 yuans par personne. Nous sommes partis depuis un an juste, aujourd'hui 21 juin, nous pouvons nous payer ce petit luxe.
Notre hôtel domine la mer et même s'il n'est pas haut de gamme, nous nous y reposons correctement. La seule plage qui soit autorisée à la baignade est payante : 80 yuans par personne pour la journée. Heureusement que la couleur de l'eau n'engage pas à la natation. Cette sélection par l'argent est révoltante et surtout étonnante dans un pays communiste. Une nouvelle image de la Chine et pas parmi ses meilleures.
Mais l'île avec ses monastères et ses hauteurs est à la fois très jolie et très paisible. Les monastères sont construits en escaliers, les temples les plus importants étant les derniers et les plus hauts.
C'est fatiguant, mais remarquable. Les moines sont plutôt cools. Ils nous laissent jouer au Scrabble sur l'esplanade de l'un des temples. Le spectacle offert par ces petits jetons portant un signe semble pour eux captivant.
Nous observons à loisir les rites des fidèles qui viennent en pèlerinage sur l'île. Comme pour toutes les religions, les gesticulations sont affligeantes. Dans un premier temps, les bâtons d'encens sont portés à hauteur du front afin d'opérer une salutation vers les quatre points cardinaux. Ensuite et à genoux, salutation vers le temple, les paumes des mains tournées vers l'extérieur, le front se devant de toucher le sol. C'est assez casse-gueule.
Ils peuvent continuer en tournant autour de la statue du Bouddha, ou en se frottant la tête ou les mains sur tout ce qui peut-être bénéfique, c'est à dire sur à peu près tout ! Chaque personne faisant ses petits ou grands gestes personnels pour mieux attirer les faveurs du dieu.
Les moines sont ici plus discrets. Ils se contentent de psalmodier et de saluer les statues.
Nous quittons ce havre de paix entouré d'eau le 27 juin. Nous prenons successivement un mini bus, un bateau, un bus, un taxi, encore un bus et enfin un taxi pour revenir à notre hôtel d'Hangzhou où nous prenons un billet d'avion pour le lendemain et aussi pour Chengdu, capitale de la province du Sichuan.