Nous quittons la région le 6 juin pour nous rendre en bus vers le Huang Shan, autre endroit très montagneux. Nous commençons à nous y promener, mais sans trop de succès, la zone la plus intéressante étant d'accès payant et relativement cher, 200 yuans par personne (130 francs).
Afin de mieux en profiter, nous décidons de nous lever de bonne heure pour être parmi les premiers à prendre le téléphérique qui doit nous conduire sur les cimes. Les plus belles balades étant en effet à ce niveau.
Après les 200 yuans pour avoir le droit d'accéder au site, nous déboursons 45 yuans chacun pour le téléphérique. Un peu de foutage de gueule que nous subissons avec le sourire et dans la bonne humeur.
En haut une foule incroyable et compacte de touristes chinois est déjà là. Un grand nombre ayant dormi dans l'un des hôtels hors de prix posés sur les sommets. On a bien compris que ces touristes chinois ne sont pas les plus pauvres !
Encastrés dans les les hôtels, une succursale de China Telecom et une agence de la Bank of China qui offre un distributeur acceptant les cartes Visa, ce qui est rare dans le coin !
Chaque groupe a son guide à mégaphone, les GSM hurlent bon train et les femmes ont talons hauts et petites ombrelles pour résister au soleil. Ambiance montagne assurée ! Autour de nos héros des cimes, gravitent de nombreux porteurs chargés des sacs que les chinois trop gras ne veulent porter eux-mêmes.
Une autre image de la Chine qui pue, celle-là. Sans que cette image ne soit liée à un système quelconque, on se demande si ce n'est pas là l'ébauche de la Chine future, dont les traits ressemblent tellement à ceux de notre propre culture. De nombreux papiers et détritus jonchent le sol, aussitôt ramassés par des petites mains armées de poubelles portatives.
Heureusement, ces hordes de montagnards du dimanche ne sont pas capables de faire plus que quelques centaines de mètres sur des escaliers un peu raides, il faut le reconnaître. Le temps de se faire prendre en photo devant des paysages somptueux, ils disparaissent peu à peu et nous laissent la montagne.
Notre premier objectif est le pont des immortels, à six kilomètres de là. Le début de la balade est une descente incroyable sur des marches posées contre la roche. On ne voit pas à plus d'une dizaine de marche. Ensuite, plongée sur un précipice qui nous remet en mémoire la sensation de vertige ! Cette descente dure pas mal de temps, offrant des points de vue sur des roches granitiques au sommets arrondis où poussent, on se demande comment, des arbustes à flanc de roches.
La descente finit bien à un moment, pour laisser place à une montée qui nous casse les cuisses. Cette montée ne cesse jamais. A chaque fois que l'on a l'impression d'arriver sur un sommet, on découvre qu'il cache un autre encore plus haut. A mesure que l'on monte, notre moral descend. C'est déjà ça de moins à porter !
Vers 14 heures, le soleil fait son apparition. Les paysages sont superbes. Les roches, très hautes sont admirablement agencées. Il est facile d'en tirer les fameux dessins qui font la gloire des restaurants chinois. Il suffit de recopier ce que l'on a devant les yeux !
Nous ne cessons de monter et descendre dans ces paysages de pics granitiques. Les escaliers sont posés contre la paroi. On se demande comment ils ont pu être installés là !
Souvent, l'a pic est de plusieurs centaines de mètres et la barrière de protection arrive au niveau de la ceinture. Ce qui ne nous semble pas suffisamment haut pour que l'on risque plus qu'un oeil de temps en temps.
Vers 16 heures, nous rencontrons une personne vivante, une suissesse, avec laquelle nous échangeons quelques mots pendant plus d'une heure. C'est bien suffisant pour que nous prenions du retard et rations le dernier téléphérique qui devait nous redescendre vers la vallée. Nous sommes donc bloqués, avec pour perspective de loger dans un de ces hôtels qui savent profiter de l'occasion.
Il nous faut néanmoins encore pas mal marcher pour en trouver un. C'est un quatre étoiles pour le prix et deux étoiles pour le confort. Nous n'avons pas le choix. Le repas est également très cher et sans intérêt. La encore, pas d'autre choix, les boutiques qui toute la journée vendent des soupes, ou des bêtises à grignoter, sont, comme par hasard fermées. Il faut dire qu'elles dépendent de l'hôtel…
Nous nous couchons très tôt. L'idée n'est pas si bête car à 5 heures du matin, les chinois se lèvent et font un boucan d'enfer dans les couloirs. Nous nous levons donc aussi, pour aller gravir le pic du Lotus qui domine le Huang Shan à 1860 mètres.
Encore des escaliers qui montent sans cesse et nous avec. Contrairement à la balade d'hier où nous avons été pratiquement seuls tout au long de la journée, ici, la Chine est présente dans sa totalité. Le pic du Lotus étant, semble-t-il un must à gravir. Encore les mêmes chaussures à talons hauts et ces ventres arrondis portant mocassins en cuir et GSM.
Au sommet, qui ne casse pas des briques, des bouteilles plastiques, des mégots de cigarettes et des papiers de bonbons jonchent le sol. Le chinois gras se fait prendre en photo, fume une cigarette et redescend aussi sec. Peu d'intérêt.
Nos rotules étant mises à forte contribution, nous redescendons par le téléphérique en début d'après-midi. Sur le chemin qui nous mène à notre hôtel, nous sommes attirés par une sale de spectacle posée là, en plein milieu de pas grand chose. Il semble que ce jour soit une fête quelconque, car tout le monde est sur son 32, assis sur des sièges en bois jaune.
La salle est à plusieurs centaines de mètres au-dessus du village dont la totalité des habitants doit être présente. Nous entrons, répondant à l'invitation des personnes qui sont assises près de la porte.
Le spectacle commence par un chanteur dont la voix est largement couverte par la bande son trop forte. Au bout de trente secondes, une fumée, qui sort de l'arrière, recouvre aussi le chanteur. Les deux suivants subissent le même sort.
Assez peu de salutations de la part des artistes locaux et peu d'applaudissements. Il faut attendre la vedette, en robe chinoise moulante, pour voir la salle se chauffer un peu. La voix de la chanteuse est nasale et aigue. De celle de l'opéra chinois. Ce n'est pas désagréable à entendre, un petit peu.
Outre la fumée, les effets de scène redoublent. Surtout basés sur un lâcher de bulles de savons mis en valeur par des jeux de lumières de toutes les couleurs de l'arc en ciel. A la fin, on ne voit plus la charmante chanteuse qui donne le mieux qu'elle peut le son de son nez. On se demande comment elle fait pour respirer dans cette atmosphère de bulles.
Viennent ensuite un policier en uniforme à la voix grave, des danseurs, deux messagers du peuple qui récitent avec sérieux les dernières directives du parti (du moins c'est ce qu'il nous semble, nous ne sommes pas assez d'étrangers pour avoir une traduction) et différents artistes et compteurs. La salle se vide petit à petit et le dernier à entrer sur scène est content de voir au moins deux français pour le soutenir.
Le lendemain, une pluie torrentielle nous oblige à la regarder tomber de la fenêtre de notre chambre. On pense à nos amis alpinistes sur le sommet du Huang Shan et à vrai dire, on en rie un peu… Le torrent presque à sec qui coule devant l'hôtel prend un débit impressionnant qui durera plusieurs heures après la fin de la pluie.
Le lendemain, nous quittons le Huang Shan pour nous rendre à Tunxi. Le mini bus qui devrait contenir 18 personnes est chargé du double. Deux bébés, des poules, des sacs en bambous et en rotins. Heureusement, les gens montent mais descendent aussi rapidement pour aller peupler les villages qui bordent la route. Nous terminons le voyage dans des conditions plus confortables, nous contentant des sauts dus aux trous sur la route.
L'hôtel que nous trouvons est très joliment décoré, très confortable, mais donne sur un carrefour d'ou remontent des klaxons incessants. Chaque voiture, chaque bus, ou chaque camion qui arrive se croit obligé, même si il n'y a personne, de pousser son cri. Nous gardons néanmoins la chambre car le spectacle de vélos est fascinant.
Il est incroyable de voir tout ce qui est transporté sur un vélo ou à la force des mollets en Chine : femmes et enfants, armoires, étalage complets de fruits ou de légumes, matériaux de construction (ciment, briques, poutres…), poubelles municipales, frigidaires, télés, caisses de boissons, charbon, bouteilles de butane,etc… Toutes les marchandises de la ville de déplacent en vélo, directement attachées dessus, ou tirées par lui dans une petite carriole.
Les enfants sont sur le porte charge à l'arrière, les chiens devant dans un panier. Les femmes, parce qu'il fait soleil ont un parapluie qu'elles tiennent d'une main, l'autre servant à manoeuvrer le vélo. L'ensemble est ravissant et plein de grâce.
Ce qui est le plus redoutable est la circulation elle-même. Personne ne s'arrête jamais. Que ce soit les vélos, les voitures ou les bus, le mouvement est continu. Par contre, la ligne n'est jamais droite : dés qu'un obstacle se présente, le vélo, le bus ou la voiture ne freinent pas, ils contournent !
Dans cette optique, le sens de la circulation est un élément mineur : les virages sont coupés et il n'est pas rare de circuler à contresens. Personne ne semble s'en émouvoir et surtout pas les flics qui font la même chose. Et à la limite, pourquoi pas ? Pendant nos longues heures d'observation, nous n'avons jamais vu d'accrochage.
La seule règle de la circulation est que les piétons n'ont jamais la priorité sur quoi que ce soit. Traverser n'est pas chose facile. Mais la encore, une astuce : ne pas s'arrêter. Les véhicules, estiment la trajectoire des bipèdes et l'évitent. S'arrêter, c'est modifier sa trajectoire, forcer les mouvants à recalculer et augmenter ainsi les risques d'erreurs et donc de renversement…