La sauterie terminée, nous nous rendons vers l'autre monastère qui se trouve à environ un kilomètre de l'autre côté de l'arrivée du funiculaire. Celui-là est moins joli, mais beaucoup plus calme car ne faisant à priori pas partie du circuit des pèlerins.
La vue sur la vallée et sur une autre montagne, dominée par ... un autre monastère, est superbe. Après avoir grignoté quelques gâteaux, nous redescendons à pied et retrouvons notre place favorite que nous quittons à l'arrivée de la nuit.
Nous dînons dans un resto hyper bruyant, où des pèlerins chinois mastiquent, crachent et hurlent en portant des toasts à tout bout de champ.
Notre repas, estimé à 135 yuans par la serveuse, nous semblant trop cher, nous le marchandons à 90. Depuis notre arrivée dans le coin, nous devons systématiquement tout négocier. Nous sommes pratiquement les seuls occidentaux, mais il semble que le réflexe d'augmenter les tarifs pour les étrangers fonctionne quand même ici aussi !
En fait, les pèlerins chinois sont également les vaches à lait. Tout symbole un tant soit peu religieux est payant : cadenas attachés aux barrières, tortues et poissons jetés dans les plans d'eau, portes bonheur dans les temples, encens, statues de Bouddha, bracelets.... Tout est fait pour soutirer de l'argent aux fidèles. Drôle de mentalité ! Ce n'est pas à Lourdes que l'on verrait cela....
Le 3 juin, nous prenons les oeufs pour accéder au monastère du pic de Tian Tai Zheng qui culmine à 1342 mètres. Nous n'avons pas trouvé le courage de monter à pied. La chaleur et le manque d'entraînement depuis l'Inde, nous épargnent les 4 heures de montée. De là haut, la vue est admirable. On domine les deux monastères de la veille et la vallée à plusieurs centaines de mètres en dessous.
Les temples sont corrects, sans plus et les moines sont plus occupés à vendre leurs babioles qu'à prier pour le salut du monde.
Le samedi est le jour des pèlerins en bus. Donc en plus grand nombre. La ville se couvre de groupes de chinois précédés de leur guide hurlant dans son mégaphone. Les temples sont enfumés par les tonnes d'encens mis à brûler par multiples de 3 bâtons.Les plus riches chinois se faisant un devoir de faire brûler l'encens par paquets entiers, non pas pour montrer qu'ils sont riches, bien entendu, mais pour accélérer la communication avec le ciel. Pour communiquer en 2Mo plutôt qu'en 56kbs !
Vers 14 heures nous achetons 2 soupes déshydratées. Nous demandons de l'eau chaude à la boutique qui nous vend nos gâteaux. On nous donne non seulement de l'eau chaude, mais également deux petits sièges pour pouvoir manger tranquillement devant la boutique. C'est aussi pour cela qu'on aime la Chine !
Nous sommes samedi, jour de week-end pour les moines qui déambulent en "civil", ou presque, dans les rues du village. L'un d'eux me montre les poils que j'ai sur les bras, véritable sujet de fascination ici et aussi ma barbe. Je lui montre que je n'ai plus de cheveux sur le haut du crâne, ce qui le fait beaucoup rire.
Pendant ce temps, Line donne une leçon de Fa Guo à des moines qui sont très intéressés par son dico français-chinois. Tout le monde est très détendu. Il ne serait pas étonnant que dans le temple principal, une télé ait été installée pour que les moines de permanence puissent suivre la finale Pierce / Henin Ardenne de Rolland Garros !
Beaucoup de moines ont des sacs comme s'ils se rendaient dans leurs familles à la faveur d'une permission. A chaque passage, nous avons droit à de nombreux sourires. Atmosphère vraiment cool.
Une gamine de 8/9 ans, intriguée par le dico fait des cercles autour de nous. Nous l'invitons à venir s'asseoir avec nous et la lecture commence : Line lit la phrase en français, la gamine la lit en chinois. Sa mère est très fière des connaissances de sa fille qui n'hésite pratiquement pas.
Il est normal pour un enfant occidental de savoir lire à 9 ans, c'est beaucoup moins évident pour un petit chinois qui n'a pas 26 lettres à apprendre, mais plusieurs milliers de signes différents à décrypter. En plus, il est nécessaire de connaître le ton à utiliser pour chacun de ces signes. Pour la première fois depuis notre arrivée, nous faisons la différence entre les quatre tons principaux, la gamine lisant de manière scolaire fait des efforts pour bien prononcer.
Encore un échange extrêmement sympathique !
5 juin. Nouvelle montée en pleine chaleur et cette fois à pied, vers un ensemble de monastères perchés sur le flanc de la montagne qui domine la ville. Les escaliers sont raides. A mi parcours, nous nous faisons un plaisir de nous arrêter pour visiter un monastère tout en bois vraisemblablement oublié par la révolution culturelle. Devant le temple, une avancée, surmontée d'un toit percé diffuse la lumière. A l'entrée, les classiques statues de guerriers musiciens sont présents, mais de chaque côté de la porte. Le temple étant à cet endroit dans la pénombre, l'effet est assuré !
A l'intérieur, des niches contiennent des petites figurines en bois d'une cinquantaine de centimètres. On y voit en plusieurs tableaux des démonstrations réalistes de différentes tortures : on peut y être scié en deux par la hauteur, suspendu par le ventre, jeté dans un liquide qui semble assez chaud, empalé, enterré par la tête, le corps gigotant à l'extérieur… Au-dessus de ces petites scénettes réjouissantes, des personnages barbus discutent sans s'intéresser au sort des suppliciés dont les bourreaux sont des espèces de diablotins bleus. Certainement des schtroumpfs ! On n'a pas bien compris le pourquoi de la chose.
En continuant à s'élever par les mêmes escaliers toujours plus raides au fur et à mesure que nos cuisses les encaissent, nous retrouvons des temples plus "classiques" dans leur décoration intérieure. L'endroit est très paisible, seulement troublé par les conversations des moines qui ont ici des robes noires et marron. Sous prétexte de prendre des notes, nous soufflons un peu sur une esplanade qui semble être le rendez-vous des moines du coin. Plusieurs d'entre eux sont au-dessus de mon épaule pour tenter de comprendre ce que j'écris. A chacun son chinois !
Line fait quelques portraits de moine qui prennent un certain plaisir à se voir sur l'écran de son numérique. L'un d'entre eux lui prend même son appareil photo des mains et va montrer sa tronche à tous ses collègues. Encore une fois, tout cela dans une ambiance bon enfant au possible. Les moines, derrière leur attitude religieuse stricte, sont aussi de bons déconneurs.
On frise l'émeute au moment où le dico français-chinois est sorti ! Chaque moine se faisant un devoir de lire ligne par ligne les phrases de conversation courante en rigolant et en interpellant ses potes…
A un moment, un martèlement sur une planche de bois, leur remet la religion à l'esprit. Une envolée de moines hauts (nous sommes en altitude) se produit et nos copains se précipitent vers le temple principal. Nous les suivons, évidement. Contrairement aux autres pratiques bouddhistes que nous avons pu voir jusqu'à présent, les moines sont ici autour de "l'autel" et non pas devant. Celui-ci est une sorte de tour de sept étages au centre du temple, dont chacun des quatre côtés est une représentation de Bouddha.
Les chants commencent aussitôt, rythmés par le son d'une percussion sur du bois et par un "cling" métallique dont on ne situe pas bien l'origine. Le rythme s'accélère petit à petit et deux voix se dégagent : les récitants d'un côté et une musique "vocale" de l'autre. L'ensemble est superbe à écouter, même si le sens profond nous échappe un peu. Le fait que les moines ne soient pas tous au même endroit donne un relief proche de la quadriphonie. En tournant un peu dans le temple on aperçoit des enceintes et un ampli relié à des micros que tiennent les moines ! Les tricheurs !!! L'effet est tout de même des plus beaux…