Ayant un fort besoin de nature, nous quittons Nankin le 31 mai en direction du Jiuhua Shan, ou montagne des neuf splendeurs. Nous pensions, pour y aller, utiliser les services du fleuve jaune, mais il nous a été impossible de trouver un bateau. Dommage. Nous prenons donc le bus sous une chaleur moite. Le terminal de bus est assez loin de la ville et pas très simple à trouver.
Dans le terminal, où nous sommes les seuls occidentaux, nous sommes regardés comme des bêtes curieuses. Un chinois se penche au dessus de mon épaule et regarde les notes que je suis entrain de prendre. Devant son air indécis, je lui donne le mot de passe "Fa guo ren" (français). Ma réponse, ou mon mauvais accent ne semblent pas le satisfaire...
Le voyage dure 5 heures sur des suspensions pas vraiment récentes. Les paysages de rizières et les différentes lumières qui les éclairent sont magnifiques et marquent la ligne Nord/Sud du pays qui se divise en blé vers le nord et en riz vers le sud.
Là encore, beaucoup moins de richesse que dans les villes, mais pour les villes de moyenne importance, les barres de HLM qui remplacent les anciennes maisons. Beaucoup moins de charme, mais elles offrent sûrement plus de confort pour ceux qui y vivent et facilitent également un contrôle à l'aide des caméras qui sont placées là pour la "sécurité"...
Presque arrivés à destination, le bus nous dépose devant un parking où est garé un minibus. Nous descendons sans trop savoir ce qui se passe. Le minibus nous amène devant un hôtel à la sortie de la ville et nous laisse en plan. Là, un gentil chinois nous demande en anglais si il peut nous aider. On lui explique que l'on veut se rendre au JiuhuaShan tout proche.
Il nous répond qu'un bus peut nous y amener demain matin et que, comme il est justement le propriétaire de l'hôtel, on peut y loger la nuit. Tiens donc !
On l'envoie se faire voir et on va vers un taxi qui nous propose 200 Yuans (130 francs) pour faire les quelques kilomètres qui restent. On l'envoie se faire voir aussi. Le deuxième taxi nous propose le trajet pour 100 Yuans. Nous descendons à 30, le vrai prix doit donc être aux alentours de 15 Yuans !
Ce type d'arnaque, habituel dans les autres pays dés qu'il s'agit de taxis est assez peu répandu ici, nous en sommes étonnés.
Pour entrer sur le site, nous devons payer un droit d'accès. C'est assez fréquent en Chine. Le guichetier nous demande 90 Yuans (60 francs) par personne, alors que sur la fenêtre de la guérite est indiqué un prix de 70 Yuans.
Je le dis comme je peux au guichetier qui évidemment ne veut pas comprendre. La fenêtre étant en alu montée sur des rails, je la démonte et lui mets sous le nez. Le type très surpris me donne alors des tickets à 70 Yuans ! Ce qui est redoutable c'est qu'il avait aussi des tickets à 90 Yuans alors que c'est un prix qui n'existe pas !!!
Deuxième étonnement quant à la tentative. D'autant que les occidentaux ne semblent pas courir les rues…
La ville, pleine de monastères est superbe. Encastrée entre des montagnes comme Aguas Callientes au Pérou. Nous ramons un peu pour trouver un hôtel avec une vue sympa, la plupart des chambres proposées donnant sur des murs ! Le soir, repas dans une gargote ou l'on négocie ferme les prix et où on fait notre menu avec le Harrap's.
Le 1er juin nous attaquons notre premier monastère, le premier d'une très longue série... Le monastère bouddhiste de Qiyuan Si est un dédale de bâtiments jaunes, salles de prières, de méditation, de repas, d'étude et de temples grandioses. Nous arrivons dans l'un d'eux en pleine cérémonie. Au fond, trois énormes Bouddhas dorés, sur le côté les statues de divinités également dorées.
Les moines sont habillés en jaune et rouge et les femmes en noir. Les chants, psalmodiés sont accompagnés de tambours et de clochettes. Le son des voix monte et descend. Les paroles sont lues sur des livrets dont les pages sont tournées toutes en même temps, preuve que tout le monde suit !
Au mouvement des doigts sur les pages, il semble que les textes soient lus de haut en bas. A un moment tout s'arrête brusquement et les moines se lèvent et vont reprendre leurs activités. Partout brûle l'encens qui diffuse son odeur dans tout le monastère. L'ambiance est calme et très apaisante.
Comme nous ne cessons de prendre des photos, les moines viennent vers nous pour les regarder sur les écrans de nos appareils numériques. Les relations, même si elles sont limitées aux signes et aux quelques phrases du Harrap's, sont chaleureuses et souriantes. Nous sommes les seuls occidentaux dans le monastère et même dans la ville. Le lieu, un peu décentré ne semble pas faire partie d'un tour. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous !
La ville est très peu livrée aux automobiles ni aux vélos, d'ou un grand calme, un peu inhabituel en Chine. Seules quelques chaises à porteur qui déplacent les chinois riches et gras. Ceux qui ne disent pas "hello" en nous croisant. La chaise à porteur est le premier pas vers les moyens de transports huppés. Viendra ensuite la Mercedes aux vitres fumées ou la BMW.
Nous nous rendons compte que les petites tentatives d'arnaques constatées lors de notre arrivée sont montées non pas contre les rares occidentaux, mais contre ces touristes chinois.
A plusieurs endroit de la (très petite) ville, sont des placettes sur laquelle donnent des échoppes de pèlerins au rez de chaussée (encens, bracelets en bois, bouddhas de poche et autres bondieuseries) et des "micro restaurants" au premier étage. Un "micro restaurant" est une pièce contenant une table ronde de 8 convives, avec pour les plus sophistiqués une table de deux sur le balcon extérieur formant passage. La nourriture est basique et peu chère, suivant l'art de la négociation du client. C'est notre endroit favori pour dîner le soir.
Nous y surplombons la vie nocturne de Jiuhua qui est essentiellement tournée autour des boutiques de pèlerins.
Vers le centre du village, un bassin plein de poissons rouges, de salamandres et de tortues. Nous passons de nombreuses heures sur cette place qui est d'un calme absolu et sur laquelle vivent les chinois du village. De là, nous avons une vue magnifique sur les montagnes où se dressent des monastères jaunes et blancs. Les maisons d'époque qui datent de dix ans sont en parfaite harmonie avec l'ensemble.
Autour du bassin, les vendeurs des différentes bestioles qui le peuplent. Il semble que l'objectif soit d'acheter soit une tortue, soit un poisson, soit une salamandre et de la jeter ensuite dans l'eau à un mètre en contrebas. On plaint les tortues qui font des plats ! On imagine que la nuit venue, les vendeurs vont à la pêche afin de regarnir leurs stocks... et que les pèlerins ayant fait un voeu en jetant la bête dans l'eau, dorment l'esprit tranquille.
Cette place qui nous attire tant ressemble en fait à une "Plaza de armas" d'Amérique latine : centrale, vivante et entourée de maisons. Seule manque l'église catholique, remplacée ici par une pagode. Son nom n'est pas plus "Place d'armes" qu'autre chose, car, comme c'est souvent le cas en Chine, elle n'a pas de plaque nominative.
Nous prenons un funiculaire en face de notre hôtel, qui nous conduit au sommet d'une montagne où se trouvent deux monastères. Nous nous dirigeons d'abord vers celui de droite (pourquoi pas ?) sur la crête, à quelques centaines de mètres de l'arrivée du funiculaire. A l'entrée, payante, le type nous demande 10 Yuans par personne. Cela nous semble cher et comme les tickets n'ont pas de prix marqués, nous attendons que des touristes chinois se présentent. Cela ne fait pas un pli, ils payent 8 Yuans pour deux. Nous demandons et obtenons le même prix. L'endroit est joli, mais un peu arnaqueur !
Dans le monastère nous assistons à une nouvelle cérémonie. Toujours le même type de mélopée rythmée par les tambours, clochettes, cymbales et autres instruments à percussion, mêmes agenouillements et flexions répétitives, mais ici on note la présence de trois "grands prêtres" arborant des chapeaux rigolos et qui semblent plus agés que la moyenne des autres moines. Autre différence, des fidèles attendent la sortie des moines, à l'extérieur du temple, avec des fanions et des lampes à huile.
Dés que les moines sortent, une procession commence. Le parcours consiste à se rendre vers un autre temple, en faire le tour, à descendre des escaliers d'un côté pour les remonter de l'autre. On n'oublie pas que nous sommes sur la crête d'une montagne et que les possibilités de promenade en groupe sont assez limitées ! Tout cela est néanmoins très coloré, très chantant et très surprenant en cet endroit...