Le temple est magnifique, tout en peintures murales, atmosphère confinée, odeurs d'herbes et de beurre de yack et plein de petites chapelles envoûtantes. Les couleurs sont vives à l'extérieur, du jaune au bleu, en passant par des rouges carminés.
L'intérieur est baigné par la lumière venant du toit. Nous pouvons accéder à ce toit, qui offre une vue unique sur le quartier et sur le Potala omni-présent dans tous les points de vue de la ville. Les toits sont dorés, ainsi que les énormes moulins à prière. Les cellules des moines, sont toutes fermées par un rideau tibétain très coloré.
Tout est magique dans ce lieu, exceptés les moines qui passent leur temps à compter l'argent que les fidèles laissent devant chaque statue, dans chaque grillage ou sur le sol des chapelles. Il s'agit d'une véritable entreprise où les billets sont rangés par 9, le 10ème servant à les réunir et où les moines font le tour des chapelles avec un sac énorme contenant l'argent.
Tout est prétexte à récupérer des billets. Des moines font le tour des chapelles avec les fidèles et pour quelques yuans, se servent du beurre de yack apporté par les pèlerins pour enduire le visage des statues de bouddha. D'où l'odeur. Ce rapport des moines à l'argent devient très vite exaspérant.
Concernant les billets de banque, il est intéressant de noter qu'ici, la plupart des billets sont de la série des minorités. Il existe deux séries de billet en chine : celle sur laquelle figure Mao et celle sur laquelle figurent des représentations des "minorités" chinoises.
A Pékin, outre le fait que les billets étaient souvent neufs, nous n'avons eu que des "Mao". Ici, la plupart des billets sont à la gloire des minorités. Question de savoir faire ! Il ne s'agirait pas de froisser les tibétains !
Nous visitons également les villes monastiques qui entourent Lhassa. Ces villes, Sera, Drepung et Ganden, constituaient les piliers du bouddhisme dans la vallée de Lhassa. Même en partie détruites pendant la révolution culturelle, elles restent sublimes.
Plusieurs grands temples, de nombreuses chapelles et des labyrinthes constitués par de minuscules ruelles dans lesquelles c'est un plaisir de se perdre. Les habitants de ces villes sont en majorité des moines, mais on rencontre aussi des "civils" et leurs enfants. Les cours intérieures datent du moyen age et les constructions sont souvent très archaïques.
Chaque ville monastique a son charme. Ganden, la plus éloignée (2 heures de bus) est attachée au flanc d'une montagne et offre une vue exceptionnelle sur la vallée. Nous avons eu la chance d'avoir de la pluie le jour de cette visite et les sols brillants sous un ciel noir étaient magiques !
A l'intérieur même de Lhassa, nous avons aussi notre lot de découvertes. Parfois décevantes, comme le Potala, dont le prix d'entrée élevé (100 yuans par personne) ne nous a laisse voir que quelques pièces des appartements du Dalaï Lama et quelques chapelles. Il faut dire qu'étant à l'intérieur, nous étions dans le seul endroit qui n'avait pas une vue sur ce palais ! Pendant la visite, où il est interdit de prendre des photos, nous sommes surveillés par des moines de garde, des militaires et des flics en civil… Bonne ambiance.
Le Potola est le palais d'hiver des Dalaï Lama, nous avons également pu visiter la résidence d'été, le Norbulingka, située à moins de 4 kilomètres du Potala. On se demande l'intérêt de la chose, car en terme de climat, 4 kilomètres, sont assez peu. Ou bien alors s'agit-il là d'un étalage de puissance ?
Quoi qu'il en soit, la résidence est magnifique.
Le 6 juillet, nous suivons le début des cérémonies d'attribution du gâteau olympique. Delanoë et Chirac sont doublés en chinois.
Le 7 juillet, Londres est touchée par des attentats. Nous l'apprenons sur CCTV 9, chaîne d'information internationale qui l'annonce en trois titres :
- Au moins 12 morts, 150 blessés,
- Le prix du pétrole en baisse de 3% à cause des attentats,
- Les banques centrales européennes s'attendent à stabiliser leurs taux d'intérêt malgré les attentats.
Des commentaires dignes de CNN. Chine, ton communisme fout le camp !
Devant les temples, nous ne retrouvons pas les brûloirs d'encens comme en Chine et les gesticulations des pèlerins sont très différentes de celles que nous avions l'habitude de voir. D'ailleurs, on ne voit assez peu de chinois pour suivre les cérémonies. Le pays est chinois, mais les chinois riches y viennent comme en vacances. Il est incroyable de voir le nombre de boîtiers Hasselblad que les chinois Han exhibent au Tibet !
Nous sommes déjà la depuis un certain temps et nous découvrons encore, au détour des rues de minuscules chapelles ou des cours incroyables.
Nous nous rendons compte également de l'encerclement dont est victime le quartier tibétain. Partout des chantiers où les maisons traditionnelles démolies et sont remplacées par des maisons plus modernes, sans cour et sans âme. Bientôt, il ne restera rien de ce que fut le Lhassa d'avant 1950.
Nous décidons de quitter la ville pour explorer ce qu'il sera possible par nos propres moyens. Nous faisons en bus les 6 heures qui séparent Lhassa de Shigatse, deuxième ville du Tibet. La ville ne ressemble en rien à la capitale régionale.
Nous sommes beaucoup plus au sud et elle nous apparaît déjà comme une ville indienne : sale, où les hommes pissent contre les murs et dont les rues sont bien moins asphaltées.
Une ville monastère et un fort en ruine sont les deux points d'intérêt de la ville. Le monastère est tenu d'une main de fer par des moines trésoriers qui ne pensent qu'à faire de l'argent. Il est interdit de faire des photos ou de filmer l'intérieur des chapelles, à moins de verser son obole. La chapelle la plus chère demande 120 yuans (80 francs) pour faire des photos et 1800 yuans (1200 francs) pour filmer. Ces moines, qui se touchent un peu, passent leur temps à surveiller les gens qui seraient tentes de photographier sans payer. On a même vu un en venir aux mains avec un étranger.
Ces petits merdeux gâchent la visite du monastère.
Nous essayons ensuite de quitter Shigatse par nos propres moyens, soit en direction de la frontière népalaise, soit en direction de deux autres villes monastiques, Sakya et Gyantse.
Mais, il est extrêmement difficile d'obtenir des informations fiables sur les moyens de transport. On revient à chaque fois sur l'obligation d'un permis de circuler et l'utilisation d'une jeep. Nous ne voulons ni l'un ni l'autre. Le permis est une arnaque locale ; affiché à 50 yuans, il passe à 150 si nous sommes en dehors d'un groupe et la jeep propose 3 jours, jusqu'à la frontière népalaise, en passant par le camp de base de l'Everest, pour 3800 yuans (2600 francs). Le gouvernement chinois fait tout pour canaliser les visiteurs et surtout leur soutirer un maximum d'argent. Nous refusons d'entrer dans ce processus et rentrons sur Lhassa.
Le Tibet, n'est qu'une étape de notre voyage, pas sa destination finale, nous nous passerons de la vue sur l'Everest et de la visite de deux nouvelles villes monastiques qui sentent un peu l'attrape touristes. Tant pis.
Nous prenons donc nos billets pour Katmandou ainsi que nos visa pour le Népal et passons encore quelques jours dans cette ville merveilleuse qu'est Lhassa. A l'heure de la quitter, nous avons le même pincement au Coeur que celui qui nous étreignait au départ de Cuzco au Pérou, il y a juste un an…
Depuis, une ligne de train reliant Pékin à Lhasa (ouverte en juillet 2006) a parachevé l'intégration forcée du Tibet dans la Chine. C'est maintenant par milliers que les occupants chinois vont pouvoir arriver…
Nous n'aurons pas vu le même "Thibet" qu'Alexandra David Neel, les deux visions étant vouées à disparition, mais le nôtre aura disparu à la vitesse d'un train au galop…