Notre retour à Shanghaï n'est pas des plus sereins. Nous cumulons 3 mois d'Inde, un aller-retour en France dans la semaine et un événement d'une grande tristesse.
Nous sommes physiquement et moralement fatigués. Heureusement, à Suzhou nous attendent nos amis Florence et Etienne, expatriés pour 2 ans en Chine et qui ont décidé de s'y marier. La cérémonie a lieu au domicile du consul de France à Shanghaï. La maison et le jardin, au milieu de l'ancienne concession française, sont des plus agréables et l'on se demande pourquoi tant de gens en France choisissent des salaires de misère et des HLM alors qu'il est bien plus agréable d'être consul ici et bien mieux logé.
Jean-Marin, le consul, l'a bien compris. Il expédie les articles du code civil, reçoit les deux approbations émues, recueille les signatures, débouche une bouteille de Champagne pour 10 et nous laisse là en prétextant un déjeuner. La journée est chargée pour lui ; sur les 6 mariages annuels de français, il en a deux dans la même journée !
Mais ce n'est pas bien important ; nous passons quelques jours bien agréables au milieu de nos amis et de leurs parents. Nous peaufinons aussi les visites des nombreux et adorables jardins chinois de Suzhou où le jardin n'est pas situé derrière la maison de banlieue, comme en France, mais place la maison, ou l'ensemble des bâtiments, comme un élément décoratif de plus. Ce ne sont que petits ponts, bonsaïs, rochers et étangs plus ou moins grands, agrémentés de pagodes aux toits inclinés fort gracieux.
Et à chaque occasion, un chinois, ou une chinoise, vient se placer devant la chose à voir, fait un grand sourire, lève une main en faisant le "V" de vaccination et se fait prendre en photo par la chinoise (ou le chinois) en face. La scène se reproduisant autant de fois qu'il y a de chinois ou de chinoises capables d'appuyer sur le déclencheur. Dans le cas d'un groupe, il y a des variantes et cela peut durer des heures. En Chine, il faut être restaurateur, blanchisseur ou tenir une boutique de développements de photos...
Nous retrouvons ce pays avec grand plaisir. Bien qu'il soit aux antipodes du nôtre sur de nombreux points, nous nous y sentons étrangement intégrés. Peut-être est-ce dû simplement aux nombreux sourires que nous recevons et au style de vie qui, dans les grandes villes du moins, est assez proche du mode occidental. Et puis, après l'Inde, tout nous semblera paradisiaque !
La Chine est très étonnante. Son système politique et son histoire pourrait laisser penser que la peur du gendarme est ici au top niveau, celui dont Nicolas rêve la nuit, mais ce n'est pas le cas. A preuve notre taxi qui brûle un rouge, ce qui est un comble en Chine !. Un flic, en plein milieu du carrefour lui ordonne de s'arrêter. Notre taxi, pas troublé lui fonce dessus et c'est le brave pandore qui doit s'écarter en hâte !
A Pékin, nous avions été témoin d'une scène à peu près semblable : un vendeur de chiots à la sauvette sur le trottoir, un agent de police qui lui confisque les bestioles et le vendeur qui en gueulant comme un cosaque, vient lui arracher les chiots des mains et s'en va en rigolant. Il n'est pas rare de voir des automobilistes ou des cyclistes, tenir tête de manière véhémente à des policiers qui viennent de les arrêter pour des motifs code de la routesques. On a encore beaucoup à apprendre de l'empire du milieu !
Il semble que le chinois de base ne se pose pas de question. Il n'y a jamais de problèmes, mais uniquement des solutions ! La veille du mariage de nos amis, nous sommes allés acheter des fleurs, cela se fait. Comme l'un des bouquets acheté pouvait se retrouver sans vase, le fleuriste nous a vendu celui servant à l'exposition dans son magasin. L'objectif est avant tout de faire du commerce et de satisfaire le client... Là encore, l'empire du milieu a beaucoup à nous apprendre !
Nous avons toujours les mêmes angoisses de restauration. Les chinois n'ayant toujours pas de menus en français avec des numéros devant chaque plat. Même si nous mangeons mal, ou n'importe quoi, le moment du repas est toujours un moment intéressant. Dans les restos le processus est toujours le même :
- A peine assis, le thé (gratuit) arrive, suivi dans la seconde par la serveuse qui donne le menu et se plante devant les assis en attendant la commande. Le temps pour nous de trouver notre petit guide de conversation Harraps, de retrouver la page qui parle des repas et de faire des rapprochements de caractères, la pauvre a déjà pris racine...
- Une fois la commande prise, les plats arrivent rapidement, mais dans n'importe quel ordre. Surtout dans n'importe quel ordre !
- Devant le mangeur, une petite assiette, un bol et deux baguettes en bois. L'assiette devant nous servir à récupérer tout ce qui n'a pas assez de volonté pour faire le voyage entre les deux bouts des baguettes. Les serviettes en papier étant apportées à la demande, il convient de ne pas les oublier pour assurer le parcours entre l'assiette et la bouche.
- Si la nourriture est solide, pas de problème. Si elle est liquide ou glissante (cas des nouilles), le chinois porte sa bouche près du bol (et non pas l'inverse) et aspire. Le bruit produit par la rencontre de l'aspiration et de la nourriture est très jovial. Heureusement qu'il y a le bruit des crachats pour couvrir cela !
- Si il y a des os, des arrêtes ou des carapaces, pas de problème, tout ce qui n'est pas assimilable est recraché sur la table.
- A tout moment du repas, une cigarette peut être allumée.
- Pendant le repas, les chinois ne parlent pas. Le croisement de regard étant rendu impossible par l'inclinaison du cou vers le bol.
- A la fin du repas, tout le monde se lève et s'en va. Si les plats ne sont pas finis, c'est le doggy bag qui s'en chargera.
Ensuite, la serveuse ramassera les papiers, mégots, baguettes et autres détritus jetés par terre, chargera les assiettes, bols et plats dans un seau, passera un (petit) coup d'éponge sur la table et attendra le prochain client. Ceci pour les restaurants chics. Dans les autres, le dessus de la table sera simplement projeté au sol, à l'exception des bols et des plats.
Le service est toujours extrêmement rapide et précis. Il est assuré par des gens jeunes. Le pourboire n'existe pas, pas plus que les apéros, les desserts ou les hors d'oeuvre. Sauf dans les restaurants pour touristes et c'est justement à cela qu'on les reconnaît.
Une fois sortis du restaurant il nous faudra souvent prendre un taxi. Les villes chinoises sont très étendues et les centres d'intérêts pas toujours regroupés.