Le 28, nous reprenons donc un avion pour Shanghaï. Cette gigantesque métropole de 13 millions d'habitants et 6400 km carrés est incroyable. On se croirait partout sauf en Chine. C'est une espèce de New York, en plus moderne et dont le quartier chinois serait juste plus grand.
Des grattes ciel immenses, dont les formes sont délirantes, sont posés les uns à côté des autres. L'infrastructure routière est une gigantesque autoroute sur plusieurs niveaux dont les côtés sont bordés par des plantes en pot !
La nuit, Shanghaï devient Las Vegas. Toutes les tours sont éclairées et clignotent comme des sapins. C'est à celle qui aura le plus beau jeu de lumières. Le centre est en perpétuel mouvement, on ne compte pas les chantiers qui vont faire éclore un nouveau gratte ciel. Dans les chantiers, tout est réglé comme du papier à musique. Chacun a une tache à effectuer et assure. On observe une vraie ruche en activité. Rien à voir avec l'Inde. Le résultat non plus d'ailleurs. L'Inde n'a aucune chance d'avoir une place dans l'Asie qui arrive.
Comme toujours dans les nouvelles grandes villes chinoise, les rues sont très aérées et la circulation abondante. Les deux lignes de métro sont des fourmilières et le spectacle des centaines de personnes attendant pour traverser une grande artère vaut le déplacement. Les gens sont habillés très à la mode, la ville est riche et les magasins de luxe sont légions.
Le quartier touristique majeur, le "Bund" est un Disneyland sans les canards et les souris, mais dont les lumières le soir nécessitent presque des lunettes de soleil. Au bout de la rue principale, de l'autre côté du fleuve Yangzi, un spectacle son et lumière chaque soir avec les tours illuminées et leurs écrans de pub sur toute leur surface.
Sur la promenade, ainsi que dans la rue principale du Bund, des revendeurs à la sauvette proposent des montres Omega pour 65 francs. Ce sont peut-être des fausses. Les stylos Mont-blanc, eux, valent 65 francs également, mais les quatre....
Passés les premiers moments dans les tourbillons, nous nous recentrons sur le quartier chinois. Il est surprenant de parler d'un quartier chinois en plein Shanghaï, mais la ville est tellement loin de la Chine, que c'est la première idée qui nous est venue lorsque nous y sommes allés.
En façade, un centre commercial d'il y a 500 ans, construit il y a moins de dix ans. Il est drôle de voir attendre les revendeurs de montres contrefaites devant les bijouteries. Leur technique est redoutable : ils suivent le regard des chalands devant les vitrines, identifiant alors l'objet de leurs convoitises. Il ne leur reste qu'a tourner les pages de leurs catalogues pour proposer en direct live le même objet beaucoup moins cher et beaucoup plus contrefait !
Même chose devant les boutiques de chaussures ou celles de vêtements. Ces rabatteurs, car ils n'ont jamais rien sur eux, emmènent les clients intéressés dans les arrières boutiques des magasins du coin où, dans des boîtes à chaussures se trouvent les Rolex, les Omega et toute la gamme Vuiton à des prix très corrects pour de telles grandes marques.
Mais derrière cette façade et pour peu que l'on fasse 500 mètres à pied, se trouve le quartier le plus intéressant. Un labyrinthe de ruelles que nous parcourons avec plaisir. C'est cette Chine qui nous attire, même si l'autre, à quelques centaines de mètres est aussi réelle.
Nous passons des heures à flâner dans ces rues qui sont pleines de petites échoppes, de logements vétustes et de gens souriants qui vivent dehors. Les lavabos sont à l'extérieur, ainsi que les chaudrons sous lesquels un feu brûle toute la journée. On y croise toutes sortes de petits métiers, alimentaires souvent mais aussi des tailleurs, des repasseurs, des réparateurs de vélo et de n'importe quoi, des petits vendeurs de fruits et légumes. La vie quoi.
Nous y mangeons des raviolis à la vapeur et des soupes de nouilles. Dans un parc qui borde ces rues, nous repérons un attroupement autour de gens assis, nous y allons : il s'agit de masseurs qui utilisent des espèces de machines vibrantes sur lesquelles des vieilles personnes, pour la plupart, ont les pieds posés et le sourire aux lèvres.
Il ne faut pas plus d'une minute pour que nous soyons repérés et Line invitée à venir s'asseoir dans le cercle. Pendant le temps que dure le "massage" des pieds, suivi d'un massage du dos et du cou, tout le monde parle en chinois à Line qui répond en français et ni les uns ni les autres ne semblent avoir de problèmes de compréhension. Après les sourires, la communication passe par les intonations et les grimaces ! En les quittant, c'est tout juste si nous n'avons pas échangé nos adresses.
Le soir, nous traversons le Yangzi par un tunnel psychédélique (et payant) où des lasers envoient des dessins sur les murs. Nous arrivons au moment où un feu d'artifice est tiré le long de l'une des tours, vraisemblablement pour les fêtes du 1er mai (nous sommes le 30 avril). Effectivement un peu plus loin se tient un rassemblement populaire vers lequel nous ne pourrons pas aller, les rues étant barrées par la police.
Le lendemain, jour du muguet pour les nantais et limitrophes, nous ne voyons pas beaucoup de différence : tout est ouvert, les chantiers travaillent et la circulation est toujours aussi dense. Nous qui pensions voir un défilé de vaillants soldats et de masses laborieuses avec Mao au balcon, nous en sommes pour nos frais.
Nous passons les jours suivants à nous promener et à paresser. L'une de nos distraction est le marché aux contrefaçons, encore un, où l'on trouve de tout et surtout des imitations de choses qui n'existent pas. Les stylos Mont-blanc sont de toutes les couleurs avec des capuchons aux bouts transparents, les montres Rolex ressemblent à des Swatch, les vêtements de marques sont complètement délirants... Tout est bon pour vendre n'importe quoi, à condition d'avoir un logo connu dessus !
Le jardin botanique, que nous visitons également, est splendide. Surtout la collection de bonzaïs. Cet espace donne un peu d'oxygène et surtout de calme dans une ville sans cesse en mouvement. Il est plein de pièces d'eau autour desquelles des pêcheurs exercent leur activité solitaire. Il est assez surprenant de constater que c'est la première fois que nous voyons des gens ne faisant pas quelque chose en commun !
Il faut quand même quitter Shanghaï, ce que nous faisons le 5 mai.
Nous décidons, pour nous rendre à Suzhou, ville située à moins de 100 km de Shanghaï, de prendre le train. Mais tout comme dans les restaurants, tout est indiqué en chinois. Habitude curieuse qui n'a pas cours à la gare St Lazare et encore moins à celle du Croisic.
Nous sommes en plein dans la semaine de vacances qui suit le premier mai, période où le chinois est mouvant comme le sable. La gare est bondée, devant les guichets, des files de plusieurs dizaines de mètres. Nous hésitons, avec nos sacs sur le dos à nous lancer dans une file qui ne sera peut-être pas la bonne. Le guichet où il est dit que quelqu'un y parle anglais est bien entendu vide.
Nous en sommes là de nos réflexions angoissées lorsqu'un jeune américain nous demande si on a besoin de son aide car il parle chinois. Nous lui répondons par l'affirmative et lui exposons notre problème. Il nous propose d'acheter lui-même nos billets, ce qu'il fait dans la minute, car son tour vient d'arriver...
Au royaume des chinois, les carrés sont vernis !
Il ne nous reste plus qu'à attendre notre train dans la confortable salle réservée aux "assis mous", équivalent de la première classe, les "assis durs", la seconde classe, devant attendre dans une salle moins confortable. Mais on ne parle pas de "classes" en Chine....
Le premier contact avec Suzhou est sous le signe de l'eau : pluie et canaux.
La ville est provinciale, à taille plus humaine que Shanghaï. Il est trop tard pour entamer la visite des nombreux jardins, nous nous promenons donc à pied dans le centre jusqu'au soir où nous dînons très correctement.
Le 6, nous visitons mieux la ville aux nombreux temples, pagodes, mais surtout jardins. Hors des grosses avenues elle est plutôt agréable. Les rues retirées sont vivantes. Nous y mangeons des boulettes de porc cuites à la vapeur qui ont l'air de faire l'unanimité dans le quartier si l'on en juge par la queue devant. Pour une fois, tout cela se passe dans l'ordre. Ce n'est pas toujours le cas dans les files d'attente où le sport national consiste à passer devant les autres. Les boulettes (3 yuans les 8 (1,60F)) sont excellentes.
Le marché couvert, tout proche est d'une propreté étonnante. Tous les produits "sensibles" comme la viande ou le poisson, sont au froid et hors d'accès du moindre microbe. Le poisson, ne peut être plus frais, il est vivant, attendant l'heure du repas dans de grandes bassines emplies d'eau. On a le temps de s'y attacher et aussi de voir qu'il est mort en bon chrétien. Même chose pour ce qui concerne les poulets... On n'a pas d'information pour ce qui concerne le boeuf.
Plus loin, les pagodes jumelles dont l'une est en travaux nous réservent, au fond d'un jardin, une salle de spectacle où des gens boivent du thé et fument, pendant que derrière le rideau de scène, quatre femmes répètent un spectacle et qu'un violoniste reprend sa partition sans arrêt. Encore une image de la Chine où tout se fait dans un désordre apparent, celui de la vie...
Le 7 mai, un appel de Maëlle nous apprend le décès d'André, le frère de Line. Nous décidons de prendre un avion le 8 au soir et arrivons à Paris le 9 au matin pour sauter dans le premier train en direction de Nantes.
Nous reprenons néanmoins nos visas pour repartir en Chine le 18 mai.