A peine arrivés à Taiyuan, ville dont le seul attrait est de posséder un aéroport et une gare, nous prenons le bus pour le nord de l'état, vers la région du Wutai Shan. Un peu de bousculade devant les bus privés qui allant tous au même endroit se disputent les deux clients ! Mais nous arrivons à Taihuan en bonne santé, malgré les gens qui fument dans le mini bus et y trouvons assez facilement un hôtel. Il n'est pas cher (50 francs), mais pas trop confortable.
La ville, haut lieu de pèlerinage bouddhiste, est recouverte de monastères et de temples. Le reste étant planté d'hôtels et de restaurants. Nous sommes en moyenne montagne, il reste encore un peu de neige à droite et à gauche.
Nous attaquons dés le lendemain l'escalade du millier de marches pour voir le temple de Dailuonding. Arrivés sains et saufs en haut, nous nous retrouvons dans un lieu paisible dominant la vallée et offrant à l'intérieur des temples un raffinement incroyable. Nous restons de longs moments à nous reposer, à regarder cette activité tranquille des moines et des fidèles et à respirer les odeurs d'encens qui brûlent inlassablement devant chacun des trois temples. Un moment de paix.
Durant les trois jours à Taihuan, dont deux sans chauffage ni eau chaude ; il n'y a pas assez de monde à l'hôtel pour faire fonctionner la chaudière, nous visitons un maximum de monastères et rencontrons les moines bouddhistes qui y vivent.
Nos échanges sont sommaires en terme de paroles, mais riches en sourires. Toujours une grande sérénité dans les lieux, les hommes...et les femmes. Nous découvrons aussi des femmes moines (?) devant les moulins à prières et vivant également dans les lieux.
Toujours le problème des repas et de ne pas savoir ce que l'on mange, même avec notre carnet magique. Un soir, nous prenons notre repas, pain à la viande et bol de nouilles, dans la rue, sur des petites tables improvisées. Comme en Chine, il y a toujours un chaudron sur le feu quelque part dans la rue, il est facile de manger n'importe où et pour un prix dérisoire.
Le lendemain matin, nous comprenons avoir poussé le bouchon un peu trop loin !
Le 19 mars, nous quittons Taihuan par un minibus qui nous reconduit à Taiyuan (il y a de quoi se tromper avec ces noms de villes qui se ressemblent !). Le nombre de places assises est limité à 20. Très rapidement, en se tassant et en ajoutant des petits tabourets dans la travée centrale, nous sommes à plus de 30.
Le hic, est que les chinois, grands fumeurs, ne sont pas arrêtés par un lieu clos. Pendant tout le voyage, l'espace est irrespirable. A un moment, nous passons un barrage de police sur la route. En fait, nous ne le passons pas, le mini bus est arrêté et les flics font descendre le surplus de gens ainsi que le conducteur et le type en charge des billets.
L'attente, pendant laquelle les 20 personnes restant fument comme des pompiers, dure plus d'une heure. Nous arrivons à destination près de 7 heures après le départ. Fatigant ! D'autant que le mini bus étant presque vide ( !), une dizaine de personnes est venue s'asseoir à l'intérieur, le surchargeant de nouveau !
Comme la ville de Taiyuan a toujours aussi peu d'intérêt, nous entrons directement dans la gare (les minibus s'arrêtent devant) pour prendre nos billets pour Pinguiayo. La tâche est ardue : nous ne savons même pas localiser les guichets et encore moins retrouver le nom de la ville sur les panneaux.
Une hôtesse a pitié de nous et nous demande en anglais où nous voulons aller. Heureux d'être pris en main, nous la suivons jusqu'aux guichets qui se trouvent en dehors de la gare, elle nous achète nos billets (en passant devant tout le monde) et nous conduit, au premier étage de la gare (!) devant notre train et mieux, devant notre wagon. On l'aurait embrassée. Nous sommes suffisamment malins pour retrouver nos places, les chiffres étant en chinois et en chiffres romains.
Le train est bondé, nous avons de la chance d'être assis. Nos siéges sont "durs" (il en existe également des "mous") et le prix est en conséquence, 8 yuan (5 francs) pour les deux heures de voyage. Dans le train, musique d'ambiance (Imagine, Simon and Garfunkel, petites oiseaux et bruits de rivières...) et passages de marchands de nourriture qui arrivent à faire circuler leurs chariots malgré les gens dans l'allée.
Deux angoisses pour nous : savoir où il faut descendre, les noms de villes sont en chinois sur les panneaux et surtout, comment traverser cette foule avec nos gros sacs à dos... Tout se passe parfaitement bien : le contrôleur qui avait vu nos billets vient nous avertir 10 minutes avant l'arrivée en gare, ce qui nous laisse le temps de traverser la foule de gens debout dans l'allée centrale. Encore la marque d'une organisation et d'un accueil hors pair.
Nous sommes un peu déçus par Pinguiayo qui se révèle une ville à touristes reconstituant artificiellement l'atmosphère au temps des Ming (ceux des vases). Trois rues sont déjà complètement reconstituées, dont celle où se trouve notre hôtel. Celui-ci a néanmoins beaucoup de charme et nous décidons de rester quand même un moment.
Dans notre rue, des antiquaires vendent des produits d'époque fabriqués la veille par une usine des environs. Cela va du vrai vase Ming au petit livre rouge de Mao vieilli en cave pour le rendre plus vrai. L'ensemble est lassant et drôle à la fois. La ville est entourée d'une muraille impressionnante et dans de nombreuses rues de vraies maisons anciennes sont en construction.
En marchant un peu, nous découvrons pourtant un quartier très différent, hors visites touristiques et où se trouvent des vrais logements chinois qui comme les hutongs de Pékin sont des petits quartiers entourés par des murs. Nous pénétrons dans l'un d'eux.
Les logements individuels se résument à une chambre contenant un lit, un réchaud et de quoi ranger quelques affaires. Dans la cour centrale, des petits vieux jouent aux dominos chinois. Ils sont 5 autour d'une toute petite table, assis sur des tabourets de 20 centimètres de haut. Nous restons à les regarder pendant quelques minutes sans oser nous approcher. L'un d'eux se lève, va chercher d'autres tabourets pour nous et les installe dans leur cercle. Nous voici intégrés.
Nous ne comprenons rien au jeu qui les captive, mais nous observons ces chinois si différents de ceux des grandes villes. Ils sont comme en marge du progrès et de la Chine des JO. Deux d'entre eux portent des médailles sur leurs costumes Mao, costumes que nous avions très peu vus à Pékin ou ailleurs. Ils sont comme les vestiges de la Chine des années cinquante et c'est très étonnant de voir ces laissés pour compte du nouveau capitalisme chinois.
Comme d'habitude, notre absence de chinois, n'est pas un obstacle aux sourires et aux mimiques que nous échangeons. Toujours beaucoup de curiosité de part et d'autre. Ils sont hilares devant les photos que nous prenons d'eux et avec eux. Nous les quittons au bout d'un moment et nous nous saluons avec effusion comme si nous étionst de vieux amis.
Evidement, pas un touriste ne s'aventure par là. Tant pis pour eux ! Dans la ville, peu de vrais monuments. Les rares disponibles, ne sont visitables qu'après avoir acheté un billet global qui regroupe tout et n'importe quoi. Nous nous passerons du temple et du musée et continuerons nos promenades à pied.
Un jour, nous croisons une procession qui nous semble être un mariage. Les voitures sont en tête, avec des rubans rouges aux rétroviseurs, suivis par des musiciens, des fleurs en papier, une chaise à porteur, un catafalque dans lequel nous imaginons la mariée...
C'est la présence d'une femme dont le visage est caché par un voile et qui pleure qui nous met la puce à l'oreille. Nous arrêtons de faire des photos et demandons à une dame de quoi il s'agit. Elle nous mine quelqu'un avec les yeux fermés et les bras repliés devant. Nous comprenons alors notre erreur : il s'agit d'un enterrement. A la place de la supposée mariée doit se trouver un cercueil....
Nous mesurons la différence de culture entre nos deux pays où l'on ne sait pas faire, à priori, la différence entre deux événements si différents. Le fait de voir des voitures devant, nous a laissé supposé qu'il s'agissait d'un mariage. Chez nous, elles sont derrière pour les enterrements.