Nous arrivons à Temuco et nous prenons une chambre à l'hôtel Continental, la chambre 12 pour être exact. Nous nous souvenons de ce détail (sans importance il est vrai) car à côté de la 9, une plaque nous dit que Pablo Neruda avait l'habitude de coucher dans cette chambre lorsqu'il revenait à Temuco.
L'hôtel est vieillot et plein de charme. Tout y est en bois et pour éviter trop de victimes lors d'un éventuel incendie, une corde à noeuds en chanvre est attachée à un anneau à côté de la fenêtre !
Autrement, la ville n'a pas d'intérêt sinon celui d'être le point de passage pour la région des lacs. Et en plus, il y fait froid dès que le soleil se couche. Nous prenons donc avec plaisir un bus vers Pucon, station de ski située au pied d'un volcan actif, mais pas trop.
Nous voyons le volcan en arrivant, il se cachera ensuite pendant deux jours sous d'épais nuages de brume.Nous sommes au printemps et la station de ski est livrée aux randonneurs. Chaque restaurant ou lieu public montre les photos, souvent récentes, du volcan crachant de la lave. La présence d'une activité touristique à son pied nous surprend un peu...
Nous restons quelques jours et faisons pas mal de balades à pied vers les lacs qui nous entourent. Nous croisons une magnifique chute d'eau, les Ojos de Caburga, un ensemble de plusieurs chutes, en fait, qui se font face. Le bruit est terrible, assourdissant, mais le spectacle incroyable. Nous pique-niquons devant d'empanadas à la viande.
Les empanadas sont des chaussons de pâte à pain dans lesquels sont cuits de la viande de boeuf, des oignons et des aromates. Il peut en exister à n'importe quoi. A l'intérieur se trouvent aussi un demi oeuf dur et surtout une olive, non dénoyautée. C'est toujours un plaisir pour les dents que de tomber dessus sans y penser !
Certaines empanadas et ce doit être une bonne blague du cuisinier, contiennent non pas une, mais deux olives : résultat, quand on a trouve la première on se croit tranquille et on croque comme un veau dans la deuxième !!
Mais c'est très bon !
D'autres balades conduisent nos chaussures dans les parcs du coin dont celui de Huerquehue dans lequel nous faisons 17 kilomètres, dont une montée digne du Machu Picchu, mais qui nous récompense d'une très belle vue sur trois lacs et deux chutes d'eau qui n'en finissent pas de tomber de haut !
Vers le haut de la balade, nous sommes dans la neige. Nous improvisons une piste de bobsleigh dans une descente et là, sur des sachets en plastique, nous nous amusons comme des fous à mouiller nos vêtements et à glisser comme des gamins ! Nous rentrons épuisés et avec des vêtements trempés...
Sur Internet, nous avons un message des Tsagalos (les voyageurs en camping car) qui sont en train de descendre l'Argentine. Nous devrions nous rencontrer vers le bas de l'Amérique latine.
Notre hôtel est adorable, notre hôtesse aussi, la preuve, Line ne l'aime pas ! Mais lorsque nous évoquons les élections municipales proches (fin octobre), son discours est plutôt craignos.
Dans les rues de la ville, en effet, de nombreux portraits de candidats qui vantent tous leur bonne future gestion de la ville. Classique. Par contre, il n'est pas fait mention de leurs partis, ou très peu, mais seulement d'un numéro, comme B1, C3, G6.
Nous demandons donc à Johanna, c'est le nom de la tenancière, de nous expliquer comment ça marche : la lettre est l'intitulé national du parti, le numéro est celui du candidat. Celui qui veut être maire porte toujours le "1", ensuite les candidats conseillers ont chacun un numéro, supérieur à 1.
Car il ne s'agit pas d'un scrutin de liste comme en France. On peut en effet voter pour le maire appartenant à un parti, mais pour un, ou des conseillers appartenant à d'autres partis. On imagine par exemple en France, Arlette Laguiller maire d'une ville où tous les conseillers seraient front national...
Bien sûr, la plupart du temps le maire et les conseillers municipaux ont la même couleur, mais le système, permet l'élection de personnes séparées, plutôt que d'une liste complète d'un maire qui serait bon, mais avec des guignols derrière lui. Cela semble plutôt intelligent pour un scrutin local où les gens se connaissent.
Bref. Notre Johanna nous explique cela. Parfait. Nous lui demandons qui est maire de Pucon. Elle nous répond que c'est un dénommé Bara, qui est très bien d'après elle. On lui dit qu'effectivement, on a vu sa tronche sur une affiche et qu'il nous semblait l'avoir vu aux côtés de Lavin (le copain de Pinochet). Elle nous répond que oui, il est un peu d'extrême droite, mais qu'elle ne fait pas de politique...
On insiste délicatement pour lui dire que ce n'est quand même pas neutre et qu'il y a peut-être eu quelques "abus" pendant la période 1973-1988. Elle nous dit alors que sous Pinochet, le pays allait beaucoup mieux et qu'en terme d'abus et de tortures, il y a eu autant de morts du côté des militaires que du côté des "autres".
Ce discours révisionniste, nous l'entendrons encore à plusieurs reprises au Chili. Surtout du côté de ceux que l'ultralibéralisme de la dictature aura enrichi...
Nous quittons la région pour descendre un peu plus bas, vers Osorno et un parc volcanique magnifique dans lequel nous faisons une balade vers un volcan dans lequel on peut descendre ! C'est incroyable de beauté. Il est néanmoins important de préciser que le volcan n'est plus en activité. C'est donc bien moins chaud.
La même balade nous conduit quelques kilomètres plus haut sur un autre volcan qui donne un paysage à 360 degrés sur des sommets enneigés et sur d'autres volcans. Nous déjeunons en haut. Nous sommes complètement seuls, le sentier étant long et surtout couvert de neige. Le début du casse-croûte se fait sous le soleil et pratiquement en chemise, nous le finissons sous un vent glacial quelques minutes plus tard. Incroyable comme le temps a vite changé !
Un jour et par hasard, en observant des pièces de monnaie, je vois sur le côté face une allégorie de la liberté brisant ses chaînes. Dessous, un mot : "Libertad". Mais en regardant de plus près, une date : "11/09/1973".
Quel cynisme de la part de la dictature (la pièce est datée de 1981) d'oser appeler "Liberté" un coup d'état militaire et toutes les atteintes aux droits de l'homme qui l'ont suivi...
Encore une fois, une écriture sournoise de l'histoire.