Bolivie

Uyuni

La ville et surtout la montagne nous ayant livré leurs richesses, nous quittons Potosi en car pour Uyuni, plus au sud. Le voyage est cahoteux, la piste n'étant pas parfaite, nous bénéficions de sept heures de massage fessier. Par contre, les paysages sont sublimes et nous sommes frustrés de ne pas pouvoir faire une photo chaque dix mètres.

Uyuni est une jolie petite ville, mais inexistante au possible. Elle en est même carrément moche. Sa seule raison d'être est sa proximité avec le Salar dont elle a honteusement volé le nom. A moins que ce ne soit l'inverse.

Il y fait un froid de canard et nous sommes heureux de trouver assez rapidement un logement. Il n'est pas chauffé, mais possède une fenêtre. On ne peut pas tout avoir. Pour la deuxième fois nous devons passer par une agence, pour visiter ce fameux Salar et le Lipez, régions attenantes.

Il y a autant d'agence que de bistrots en Bretagne. Nous prenons celle que nous a conseillée Myriam, notre copine de bar du Pérou. Comme toute bonne agence, elle nous affirme que nous ne serons que deux dans la jeep. Une expérience suffisant, nous nous couchons dans notre glacière en sachant que ce n'est pas vrai.

Le lendemain matin, nous prenons une jeep chargée de deux américains, mais très gentils et de trois français, dont deux françaises.

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Nous attaquons rapidement le vif du sujet par un cimetière de locomotives en plein air. Ici, en Bolivie, ils n'enterrent pas leurs vieilles locomotives. C'est bien pratique, car comme ça, on peut les voir ! C'est assez impressionnant, d'autant que c'est en plein milieu de nulle part. La seule liaison avec le vrai monde est une voie de chemin de fer, car même mortes, les locomotives boliviennes ne volent quand même pas !

La salar

Ensuite, le tour nous fait visiter une fabrique de sachets de sel. Le Salar, il faut maintenant le préciser, est une étendue très étendue de sel. Des dizaines de kilomètres sur plusieurs mètres d'épaisseur. Le Salar est une ancienne mer dont l'eau est partie sans rien dire en laissant le sel sur place. Seule demeure la fabrique dont la visite ne nous laisse pas un souvenir grandiose.

Le paysage est un peu monotone, tout blanc et partout. Par contre cette étendue est fascinante. Le sol est composé d'héxagones de sel formés par la cristalisation. Les lunettes de soleil sont assez recommandées tant la réverbération est forte. A l'horizon, les volcans où les montagnes sont comme suspendus dans l'air par un phénomène lumineux équivalent à celui qui produit les mirages (procurez vous un manuel sur les phénomènes lumineux équivalents à ceux qui produisent les mirages).

La jeep roule à plus de cent kilomètres/heure sur ce qui nous semble être de la glace et qui n'a pas nécessairement plus d'adhérence en cas de freinage brusque. Sauf qu'il n'y a aucune raison de freiner : il n'y a rien !

Le salar est grand, très grand ; à peu près 12000 Km2. Le poids de la salière géant est estimé à plus de 8 milliards de tonnes. Chaque année près de 20 000 tonnes sont extraites par des petites mains qui touchent une misère (6 francs) pour chaque sac de 50 kilos arraché à cet enfer blanc. Et les petites mains sont elles-mêmes attaquées par ce sel qui bouffe tout et qui se venge ainsi des cicatrices qui lui sont infligées. Après les mineurs de Potosi, un autre aspect sombre de la Bolivie.

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Aspect que ne doivent pas faire oublier ces jolis camions rouges qui chargent dans leurs bennes les gracieuses pyramides de sel disposées sur un fond de ciel bleu.Le prochain arrêt, est folklorique. Une maison construite et meublée en sel du sol au plafond dans laquelle on doit payer pour entrer. Spectacle navrant. Nous nous dirigeons ensuite vers l'île "d'el pescado" ou île du poisson.

Gigantesque amas de coraux, on n'oublie pas que nous sommes dans une ancienne mer, recouverts aujourd'hui de cactus pouvant atteindre leurs 10 mètres de hauteur. Le tout entouré par cette gigantesque étendue de sel. Le spectacle est époustouflant. Nous mangeons au bord…du glacier. Nous ne pouvons en effet imaginer ce blanc immaculé que comme étant la glace, ou de la neige.

Pourtant, nous marchons dessus sans glisser le moins du monde et nous pourrions le faire sur des dizaines de kilomètres.

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Les lagunas

Nous quittons le Salar 150 kilomètres de sel plus loin et arrivons le soir à notre première halte de l'expédition. Ce village à 4500 mètres d'altitude nous offre un cimetière de momies enchâssées dans des blocs de corail. C'est assez original comme sépulture, mais peu réalisable à Paris.

Notre chambre, n'est pas chauffée et l'eau de la douche non plus. Nous la laissons donc en paix et nous couchons après avoir nettoyé le bout de nos dents. Et encore, celles de devant. Ça caille sec ! En gros, moins quinze.

Le lendemain matin, départ pour nos premières "lagunas" (lacs) du sud Lipez. Paysages fantastiques que nous rencontrerons au cours des deux jours suivants. Impossibles à décrire : venez voir vous-mêmes !…

En gros, l'eau est bleue, ou verte, ou encore marron clair, le fond du tableau est composé soit d'un volcan, en activité ou non, soit de la cordillère des Andes et de quelques sommets enneigés, devant nous avons des roseaux, de l'herbe, de la terre verte, marron, jaune ou rouge ou bien un champs de lave et dedans nous trouvons tout un tas d'oiseaux, mais le plus souvent, des flamands roses ou blancs. Ajoutons une lumière très variable et un ciel complètement dégagé ou légèrement nuageux et nous appuyons de manière répétée et quasiment hystérique sur les déclencheurs de nos appareils numériques !

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Les lagunas sont toutes différentes mais ont un point commun : chacune nous donne l'impression qu'elle est plus belle que les autres ! Nous allons d'émerveillement en émerveillement. Nous remontons dans notre jeep et nous supportons avec vaillance les cahots de la piste car nous savons aller vers des sites toujours plus magnifiques ! Les différents éléments de ces photos posées là par la nature sont en parfaite harmonie les uns avec les autres, tout est calme et très doux… Au détour du chemin, des troupeaux de vigognes, de lamas ou d'alpagas ajoutent quelques tâches de couleur…

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On quitte le paradis, le temps d'une nuit dans un nouveau dortoir de fortune, face à la Laguna Colorada, qui change de couleur en fonction de la hauteur du soleil et de la réflexion de ses rayons sur les éléments environnants. Le dortoir est spartiate et la température est très en dessous du zéro. Nuit fraîche et de nouveau toilette de chat.

D'autant que le Palm ayant sonné à cinq heures du matin, nous avons un peu de mal à nous faire violence. L'objectif de ce réveil matinal est de voir se lever le jour à travers les geysers. Une activité assez classique, nous en convenons, mais à partir du moment où l'on est debout, autant y aller !

Un peu de tape-cul avant d'arriver sur la lune, la vapeur d'eau en plus. Un geyser de vapeur à 4870 mètres d'altitude, foré là afin de faire baisser la pression du sous-sol cent trente mètres en dessous. Une pancarte, qui donne ces chiffres précise qu'il est dangereux de jeter des pierres sur le geyser. Il est vrai que l'on peut s'en approcher à quelques centimètres.

Plus loin, nous découvrons les champs de boues fumantes et d'autres geysers naturels. L'endroit est étonnant et ressemble à Yellowstone. La grande différence vient de ce qu'à Yellowstone, tout est parfaitement balisé et qu'un piéton de base ne peut faire un pas en dehors des sentiers qui bordent les geysers. Ici, nous sommes en Bolivie et si l'envie nous prend de nous laver les oreilles sur un geyser, il n'y a pas de problème, il suffit de s'approcher au plus près ! L'envie ne nous ayant pas pris, nous conserverons la peau de nos oreilles…

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Nous nous promenons au travers de geysers de toutes tailles et de toutes intensité, mais toujours brûlants, de mares de boue en fusion, ou d'orifices divers laissant échapper des émanations de souffre très séduisantes.

Nous guettons néanmoins l'arrivée du soleil qui ne tarde pas. Là, nous sommes en plein délire : les rayons du soleil se fraient difficilement un chemin à travers la vapeur d'eau et la fumée et donne une impression fantasmagorique au lieu.

Nous restons silencieux devant cette beauté étrange et violente faite de chaleur au milieu de la neige, de la lumière violente du soleil et du froid intense de l'air. Nous ne savons plus trop où nous sommes. Le moment est magique. Nous restons jusqu'à ce que le chauffeur de notre jeep se décide à venir nous chercher, sinon nous y serions encore !

Encore un peu de piste avant d'arriver à la laguna verde où nous devons déjeuner. Il n'est pas encore huit heures du matin. Avant cela, nous longeons, sur le bord de la laguna, de petites piscines naturelles d'eau à 37 degrés. Comme de bien entendu, il y en a une qui retire ses vêtements polaires et qui se prend un bon bain en plein air à quelques 4900 mètres d'altitude….

Ici encore, l'ambiance est étrange. Du lac, s'élèvent des brumes dues à la présence des eaux chaudes qui se déversent en provenance du sous-sol. Tout le long de ces minuscules estuaires, la végétation qui profite de la chaleur, se fait plus dense. Mais elle n'est limitée qu'à quelques lichens ou mousses posés sur les roches.

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La journée nous fait découvrir d'autres paysages tous plus magiques les uns que les autres comme ce désert incroyable dont le nom nous a échappé, mais qui est bordé par le volcan Licancabur. Celui-ci prend un malin plaisir à se refléter dans l'eau de la Laguna que le peintre a placée juste en dessous. La Laguna est orange par gentillesse pour les pentes du volcan qui sont rouges orangé.

Le Chili est juste derrière, la moitié du volcan est bolivienne, l'autre partie chilienne. Et c'est en contournant le volcan que nous arrivons à un endroit assez improbable, un rien du tout au milieu de nulle part, où nous attend le bus qui doit nous faire traverser la frontière.

Nous sommes les deux seuls de la jeep à poursuivre plus au sud et à changer de pays, mais d'autres personnes ayant aussi fait ce choix nous rejoignent au fur et à mesure que d'autres jeeps arrivent pour les déposer. Le car part avec une dizaine de routards crasseux et tout aussi endormis et éblouis que nous.