Bolivie

Rurrenabaque

A l'aéroport, Line fait sonner le portique. On découvre que la maligne a dans son sac à dos non seulement un couteau suisse, mais également un nécessaire à ongles avec tout ce qu'il faut dedans pour détourner une navette spatiale.

On lui confisque... pour lui rendre à la sortie de la salle d'embarquement !

Il faut dire que l'avion, un modèle " Caravan I 208b " ne comporte que 12 places et deux pilotes. Son détournement ne servirait qu'à mettre par terre une paillote corse et les boliviens savent parfaitement que nos gendarmes font le nécessaire !

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L'avion décolle et fait plusieurs boucles pour prendre son altitude. Nous survolons le chaudron la Pazien et la ville d'el Alto qui en délimite les frontières sur l'Altiplano. La vision de la profondeur de la Paz est saisissante.

Une fois atteinte notre altitude de croisière, nous nous engageons entre les sommets à plus de 6000 mètres qui entourent la ville. Nous volons entre ces sommets, pas au-dessus. Ils sont enneigés et magnifiques.

Au détour d'un pic, un lac d'altitude renvoie la lumière du soleil en rayons vert émeraude. Sublime.

Puis nous quittons la chaîne de montagnes pour survoler un nuage gigantesque, arrêté par les montagnes et stagnant là sans rien faire. D'ailleurs que fait un nuage, même quand il n'est pas arrêté ? Nous nous posions cette intéressante question lorsque ce nuage, s'étiolant de fatigue et d'ennui, nous laisse voir nos premiers paysages amazoniens.

En dehors de l'exubérance de la chose, nous nous rendons compte que notre altitude par rapport au sol s'est quelque peu modifiée, alors que l'avion est resté sur le même pallier. Nous avons simplement perdu les 6000 mètres de montagnes, la forêt étant sensiblement au niveau de la mer.

Le rio Beni, couleur de boue, serpente dans cet amas d'arbres. C'est de l'Artus Bertrand en live ! Nous sommes scotchés aux hublots par la beauté féerique qui se déroule sous nos ailes. Petit à petit, l'avion perd de l'altitude.

Nous distinguons quelques maisons perdues en plein milieu de cet espace géant. Les locataires n'ont pas intérêt à oublier le sel.

L'avion descend vraiment et par réflexe, nous cherchons l'aéroport. Nous voyons bien une sorte de ville, mais rien pour se poser. Si ce n'est un espace herbeux de quelques dizaines de mètres vers lequel le pilote se dirige. Et nous avec, qui ne sommes pas trop fiers.

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L'avion se pose effectivement dessus. Autour, des arbres tropicaux et sur le bord des gamins dont nous venons d'interrompre la partie de foot. Bons princes, ils n'ont rien tenté rien pour perturber notre touchage de terre ferme.

Un autocar de fortune nous amène dans la ville. Nous trouvons un hôtel, rustique et nous visitons Rurrenabaque (Rurre, comme ils disent). La topographie est très new-yorkaise : des rues coupent des avenues à angle droit. Mais, il y a beaucoup moins de rues, beaucoup moins d'avenues, les bâtiments sont moins hauts et les taxis ne sont pas jaunes, ce sont des motos de 125cc.

La chaleur est moite comme dirait un explorateur plein de verve.

Le lundi qui suit nous offre une deuxième visite de la ville et pour nous reposer, un séjour près de la piscine de Rurre.

Ce lieu est totalement improbable : autant la ville est faite de bric et de broc avec des maisons en bois recouvertes de toits en zinc, autant la piscine est nickel. Son bar proposant même une excellente Margarita. Un toucan au long bec (mais non emmanché d'un long cou, ça c'est le renard !) se balade autour.

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Comme il est naturel pour elle de voir des toucans, Line arrive à l'attraper, il doit s'agir d'un toucan apprivoisé et nous pouvons l'observer à loisir. Pas commun !

Ne restant pas inactifs, nous réservons notre passage dans la jungle pour le lendemain. C'est l'attraction locale.

La selva

Le 10 août nous embarquons donc dans une jeep pour trois heures de parcours chaotiques sur une piste mal tenue, pleine de poussière et de trous !

Pour la première fois depuis notre départ, nous laissons l'organisation entre d'autres mains que les nôtres. Le voyage dans la jungle est en effet organisé par une agence locale et se décompose en deux tronçons : la savane pour trois jours et la jungle pour deux jours.

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Nous sommes embarqués dans la jeep avec trois suissesses et trois français. Une chance, nous n'aurons pas besoin de chercher nos mots en espagnol ou en anglais pour sortir des banalités. Très rapidement, nous nous rendons compte que nos co-locataires de voyage sont très sympas et que le séjour sera agréable de ce côté.

Pendant notre sauterie dans la jeep, nous apercevons quelques animaux, en prélude à la savane, dont un paresseux, des flamands roses, des autruches et quelques alligators. Tout cela à travers une poussière qui s'insinue partout et se pose délicatement sur notre sueur, abondante vue la chaleur...

Après trois heures, nous prenons une pirogue (à moteur, quand même) que nous avons chargé de nos 8 personnes, du guide et du cuisinier et de toute la nourriture et de l'eau dont ce petit monde va avoir besoin.

Les paysages, très inhabituels pour nous, sont fantastiques.

Le rio boueux dans lequel tombent des lianes et sur lequel flottent toutes sortent de débris est plein de tortues et surtout de crocodiles de caïmans et d'alligators. Les quelques-uns uns, aperçus depuis la jeep n'étaient la que pour amuser les touristes. Ici, c'est pour de vrai et il y a en a partout ! Le guide a beau nous expliquer la différence entre les trois sortes, il nous est impossible de les distinguer les uns des autres.

D'autant que même si certains sont hors de l'eau à recharger leurs batteries solaires, la plupart sont dans l'eau et ne laissent dépasser que leurs yeux et le bout de leur nez. A notre approche, ils glissent vers les profondeurs sans laisser la moindre trace à la surface. Même le requin des dents de la mer se ferait bouffer. Ces bestioles sont énormes et pourtant extrêmement rapides.

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Les nombreux échassiers qui sont à l'affût des poissons sur le bord du rio se méfient d'eux. Mais les crocodiles ne se méfient pas assez entre eux : un bon nombre a la queue entamée par des congénères peu regardants.

Même chose pour les tortues qui paressent au soleil sur les troncs d'arbres bloqués par des rochers dans l'eau. Elles sont en file, appuyées sur la carapace de la tortue de devant. La dernière, qui a donc les fesses dans l'eau est une proie facile pour les crocos, qui ne se privent pas. De nombreuses tortues ont la carapace dans un état lamentable, le pare choc arrière souvent absent ou détérioré !

Dans les arbres, des cappuccinos, petits singes adorables, se croient au zoo de Vincennes et font les andouilles pour avoir un petit quelque chose des huit embarqués qui, babas devant eux, se font un plaisir de leur tendre ce qu'ils ont à manger dans leurs sacs à dos. Ce qui n'est pas, on en convient, la manière la plus intelligente de se conduire avec des bestioles sauvages… Nous éviterons ensuite tant que faire se peut de nourrir les animaux.

De nombreux échassiers complètent le tableau. On a du connaître leurs noms à un moment donné, le guide nous l'ayant donné. Mais comme c'était en espagnol et que nous ne sommes pas spécialisés dans ces oiseaux, on va se contenter de les appeler les échassiers. Notre guide nous montre aussi un truc incroyable : des dauphins roses !

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Déjà, des dauphins d'eau douce, mais en plus roses ! Il nous explique que là où il y a des dauphins, il n'y a pas de crocodiles, ni de piranhas et que l'on peut donc se baigner. Il n'y en a qu'une qui le prend au mot, Line, qui va faire quelques brasses dans l'eau. Les autres surveillent les crocodiles un peu plus loin. Il est évident que certains piroguiers ont du compter le nombre de jambes de la baigneuse lorsqu'elle est remontée...

Campement sommaire

Arrivés au campement, deux baraques rudimentaires, l'une pour dormir, l'autre pour manger. Nous nous installons. C'est à dire que nous installons notre moustiquaire et que nous posons nos affaires en dessous. Les lits sont les uns à côté des autres et les douches les plus proches à plusieurs centaines de kilomètres. Le réfectoire, dans lequel nous mangeons est à peine plus sophistiqué. Les lits sont simplement ici remplacés par des tables et des chaises.

Après le repas, très correct vu l'endroit, nous rembarquons avec des lampes de poches afin d'aller énerver les crocodiles, mais de nuit cette fois. Le système est simple : les yeux des crocodiles renvoient un point rouge quand ils sont frappés par le faisceau d'une lampe de poche. Nous nous amusons donc comme des fous à faire briller leurs yeux. Nous nous rendons compte après que les autres, ceux que nous n'avons pas éclairé, peuvent être juste à côté de nous !

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A un moment, le guide, qui avait garé la pirogue en double file devant un arbre, descend sur la berge, farfouille dans un coin et nous ramène un petit alligator !

Mais, vivant, pas comme au musée. Pour pouvoir remonter rapidement, sans avoir à subir le courroux des parents du bébé, il demande si quelqu'un est d'accord pour le tenir. Une volontaire, toujours la même...

Line se saisit donc de la bestiole par le cou, pour le bloquer et derrière les pattes arrière. En cas de résistance, une petite pression au niveau du cou pour le calmer. Même petit, aux alentours de 75 cm, ses dents sont tout à fait aptes à retirer un bon bout de chair qui se présente de trop très !

Pendant un moment, le guide nous explique les différences profondes entre alligators et caïmans, nous décrit les parties de son corps protégées et non protégées du petit monstre, nous explique le pourquoi des longues pauses au soleil et va le reposer là où il l'avait pris. Ne craignant plus les attaques de la famille, nous rentrons au camp.

Devant la porte, dans un tronc d'arbre, veille une énorme tarentule. Le guide nous explique qu'en cas de morsure on passe par quatre ou cinq heures de grandes souffrances qui vont crescendo avant de mourir. Cette nouvelle version de "bonne nuit les petits" nous amuse beaucoup, mais ne nous empêche pas de dormir rapidement protégés que nous sommes par une moustiquaire imprenable.

Le programme du lendemain matin comporte une visite aux anacondas du coin. Pour aller les rencontrer nous devons d'abord prendre la pirogue et ensuite marcher en plein soleil dans la savane, étendue immense d'herbes hautes d'un mètre mais sans aucun arbre. Nous marchons pendant une grosse heure avant de retomber sur une zone humide.

Dans un premier temps nous cheminons dans la boue en faisant bien attention de ne pas salir nos chaussures, puis dans un peu d'eau, en faisant bien attention de ne pas mouiller nos pantalons, nos chaussures étant déjà pleines d'eau, puis dans beaucoup d'eau, en faisant bien attention de ne pas se casser la figure, le fond du marécage étant très vaseux.

A quelques mètres, des alligators nous regardent passer. Le guide nous ayant affirmé qu'ils n'attaquaient pas les gens groupés, nous traversons, rassurés, avec de l'eau jusqu'à la ceinture. Et c'est complètement trempés que nous arrivons dans un marécage pas très profond (30 centimètres d'eau), où nous tombons sur un autre groupe ayant trouvé un serpent.

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Un anaconda très jeune, les plus vieux ne se laissant pas attraper facilement. La chose ne mesure pas plus de 4 mètres, ce qui est parfaitement ridicule. Nous en rions encore !

Nous avons même le loisir de le toucher, il est aussi froid que l'alligator de la veille. Sur le moment, il nous semble parfaitement naturel de tripoter un anaconda. Aprés ces quelques attouchements le serpent est relâché et s'en retourne à ses occupations.

Nous frémissons en le voyant partir dans le marécage où il disparaît très rapidement. Nous nous rendons compte que le parcours que nous avons suivi est susceptible d'en contenir autant qu'un curé peut en bénir, c'est à dire à peu près beaucoup !

Nous revenons en prenant les mêmes eaux. Les crocodiles de l'aller n'étant plus à la même place, contrairement à la statue, nous supposons qu'ils peuvent se promener sous l'eau que nous traversons. Sensation amusante !

L'après midi est libre. Nous nous amusons donc à faire notre lessive dans une eau moins sale que nos vêtements. Pas loin veillent les alligators qui attendent que la lavandière tombe dans l'eau, histoire de lui faire passer le goût du savon.

Le programme devant être respecté, nous reprenons ensuite nos sacs et la pirogue pour revenir vers les jeeps qui vont nous ramener à Rurre.

La jungle

De là nous partons dans la foulée vers la jungle. Après un voyage en bateau, nous accostons de nuit sur un bras de la rivière où nous débarquons les vivres et nos bagages. L'organisation semble un peu déficiente et nous devons transporter nous-mêmes l'ensemble pendant plus d'une heure à travers la jungle.

Petite frayeur, nous distinguons à la lumière de nos lampes de poche, une liane qui bouge. C'est une espèce de serpent vert d'un mètre, mais avec un regard mauvais. Le guide nous affirme qu'il n'est pas mortel. Nous échangeons donc nos adresses avec le reptile et repartons vers notre hôtel junglesque.

Le campement est basique : un matelas posé par terre, avec une moustiquaire retenue par des bâtons au-dessus.

Pas de téléphone, pas de télévision par câble et encore moins de minibar. Nous dînons rapidement et épuisés, nous nous couchons.

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Les voisins font un peu de bruit au début. Ce sont des grenouilles et des crapauds qui se courtisent, ou qui s'engueulent, notre espagnol n'étant pas assez performant pour faire la différence, ou des oiseaux mécontents des réformes agricoles et qui le disent. Bref, un boucan d'enfer qui se calme enfin pour que l'on puisse s'endormir. Les bêtes de la jungle ayant compris tout l'intérêt du tourisme pour le développement local.

Nous faisons une petite virée dans la jungle, celle où l'on transpire et qui est tout en lianes.

Ici, pas de bestioles, si ce n'est des petites ; araignées, fourmis rouges, chenilles urticantes ou serpentins (entre la liane et le serpent, un truc local). Par contre, chaque plante, chaque arbre est une médecine.

Là, une liane à eau qui contient de l'eau fraîche, ici, une plante qui calme les brûlures de piqûres de fourmis, là une écorce soignant les maux de ventre, ici par contre, un arbre à poison dont cinq gouttes dans une bassine d'eau suffisent à tuer une famille (dixit le guide, on a pas vérifié).

C'est passionnant, mais impossible à retenir. Au bout de cinq cent mètres, on ne fait pas de différence entre l'arbre qui soigne et celui qui assomme un bœuf.

Le lendemain matin nos copains franco-suisses de la jeep, n'ayant choisi de faire qu'une seule journée de jungle, nous font leurs adieux et disparaissent dans la gigantesque pharmacie.

Nous voila à deux, avec un guide et la cuisinière. Nous nous sentons un peu isolés, au milieu de rien et nous faisons beaucoup moins les malins. Nous sommes contents, le lendemain, quand un groupe de deux anglais vient passer la journée avec nous. Nous refaisons un petit tour de la pharmacopée, nous escaladons une montagne pour nous baigner dans une source perdue et regagnons la ville de Rurre où nous lavons nos affaires un peu imprégnées de transpiration et de poussière.

Dans la nuit, un orage d'une rare force vient distraire notre sommeil. Étonnant, il y a des éclairs redoutables et répétés, mais sans tonnerre ! La pluie tombe avec violence. Le lendemain, alors que nous pensions avoir de nouveau les pieds dans l'eau, nous ne trouvons pratiquement plus trace du déluge...

Juste de l'humidité dans l'air et très peu de flaques au sol...