Samedi 24 juillet. Nous retrouvons le froid de Cuzco. Nous sommes en effet revenus à 3400 mètres après plusieurs jours à seulement 2000 mètres. Le froid tombant instantanément après le coucher du soleil, vers 17h30, nous lézardons tant que nous pouvons pendant la journée pour prendre de la chaleur et nous reposer. Nous flânons également dans les rues de cette ville décidément superbe.
Le lundi 26, nous nous prenons nos billets de bus pour Puno, ville sur le Titicaca, très proche de la Bolivie.
Afin de ne pas voyager idiots, nous choisissons une formule "touristique" qui nous donnera l'occasion de faire des haltes au cours du trajet pour visiter trois ou quatre endroits pendant le voyage. Même si l'idée du groupe ne nous tente pas beaucoup, c'est le moyen de voir des endroits trop éloignés de Cuzco ou de Puno pour que nous puissions nous y rendre.
Mardi 27 juillet au matin, nous nous rendons donc devant l'agence de voyage pour prendre notre bus. Les passagers chargent leurs bagages et nous découvrons que nous sommes les seuls à posséder des sacs à dos. Nous ne voyons que des valises, signe d'un mode de voyage un peu différent !
Nous faisons notre premier arrêt à Andahuaylillas, la "Chapelle Sixtine des Andes".
Eglise du 17ème siècle sublime, dont le plafond en bois peint vaut effectivement le détour L'autel, les retables baroques et les statuettes cachées dans une pièce latérale sont également magnifiques. Nos amis touristes, aux ordres du guide inclus dans le prix du voyage, s'assoient au moment de s'asseoir, écoutent quand il le faut et tournent la tête comme pour un match de tennis : à l'unisson et dans le même sens…
Rituel que nous évitons. Nous découvrons la chapelle à notre rythme, prenons des photos quand nous le voulons et respirons en dehors des plages autorisées.
Arrêt également pour la visite des ruines incas de Raqchi avant de déjeuner dans un attrape-couillon imposé et passage dans l'après-midi du col de La Raya à 4300 mètres, col qui marque le début de l'Altiplano (hauts plateaux). Nous y sommes accueillis par un troupeau de lamas, d'alpagas et de vigognes posés devant une église, elle-même en avant plan d'une montagne enneigée qui doit culminer dans les 5500 mètres.
Photos toute faites que nous nous empressons de graver sur nos cartes mémoires !
La dernière étape, avant d'arriver à Puno, est pour la minuscule ville de Pucara, peu connue malgré son musée où sont exposées des pierres taillées par un artisan local contemporain qui grâce à sa piètre production va accélérer son entrée dans l'anonymat. Nous laissons le troupeau entrer et allons boire un coca sur la place. Des enfants nous tendent la main en nous demandant une Sol. C'est incroyable de voir la pollution due aux quelques cars qui s'arrêtent dans cette non ville et le mal que peut faire le tourisme aux enfants…
Nous arrivons à Puno la nuit tombée et avons la chance de trouver rapidement une chambre à la veille du 14 juillet péruvien, qui tombe le 28, leur Bastille ayant été plus longue à prendre que la notre... Tout le monde porte la cocarde de la "fiesta patria".
Le 28 juillet donc, nous nous réveillons un peu essoufflés par l'altitude (3900 mètres). Nous allons faire un tour au marché qui se révèle parfaitement péruvien car méritant une photo tous les 3 mètres tant les couleurs, l'ambiance ou les gens sont fantastiques !
Pendant notre balade, des hauts parleurs transmettent le discours du président Toledo que des gens écoutent également sur leurs petits transistors. Ils ne semblent pas vraiment croire aux nouvelles promesses de ce discours de plus de deux heures.
Un discours fleuve retransmis par des hauts parleurs dans la rue, afin que personne n'y échappe ; une idée pour le moins troublante de la démocratie… Avant de quitter notre chambre nous avions eu droit à la messe dans l'église de Lima. Avec forte présence militaire et politique au premier rang.
Le jour de ce discours, les journaux titrent sur les difficultés que va avoir la femme du président, Eliane Karp (une franco-belge), pour quitter le territoire péruvien, engluée qu'elle est dans un petit problème de détournement de fonds.
Le lendemain, ces mêmes journaux titreront à la une : "Son dernier 28 juillet", "Dehors Toledo", ou "No le crean".
Comme quoi...
L'après-midi, nous tentons de visiter un bateau de guerre en acier fabriqué en Grande Bretagne et apporté en pièces détachées à dos de mulet sur le lac. La visite ne peut se faire, mais nous prenons contact avec ce Titicaca, le plus haut lac navigable du monde qui fait 165 Km pour de long 70 Km de large, dont la profondeur atteint 260 mètres et dont la température de l'eau ne dépasse pas les 9 degrés. A le voir, on ne croirait pas. Puno est dans un renfoncement et on n'a pas idée des dimensions de la pièce d'eau !
Nous faisions un tour sur les berges lorsque nous tombons sur une fanfare et des danseurs folkloriques d'un petit village (San Pedro, pour ceux qui connaissent). Devant les tenues pour le moins délirantes qu'ils portent, nous leur demandons s'il est possible de les photographier.
Non seulement, ils sont d'accord, mais nous invitent à les suivre. Ce que nous faisons jusqu'à un champ que nous traversons en musique et en danses. Au fond, un troquet en plein air, une ligne de chemin de fer, un cargo et le lac Titicaca. Nous nous arrêtons au troquet, où nous sommes invités à partager l'apéritif servi aux danseurs et musiciens.
Le temps de discuter le bout de gras (pour eux) et de faire des photos (pour nous), une gamine prend Line par la main et l'invite à venir danser avec eux.
Le groupe se remet en marche vers le cargo, à quai un peu plus loin. La Line, toujours solidement tenue par la gamine et par une danseuse déguisée en sapin de Noël, continue à tourner sur elle-même. Pour ne pas subir le même sort, je prends des photos. De loin.
Le début de la troupe emprunte la passerelle du cargo et monte sur le navire. Line aussi. Je suis le mouvement, à la suite de la fanfare et de ses cuivres. J'ai perdu Line de vue, mais les membres du groupe me guident vers les échelles qui me permettent de grimper sur la plus haute passerelle, où je la retrouve en compagnie de quatre personnes habillées en costumes et tailleurs (deux hommes et deux femmes).
Il s'avère qu'il s'agit du maire et du chef du groupe folklorique et de leurs épouses. Line et à gauche, on me place à droite. Le maire raconte tout un tas de choses en espagnol, choses certainement intéressantes et en tout cas applaudies par l'assistance restée sur le pont du cargo et par nous, par pure politesse.
Le discours terminé, nous échangeons quelques mots avec le maire dont l'objectif étant de développer le tourisme à San Pedro est ravi de mêler des touristes à la fête. Les touristes, c'est nous. Nous sommes devenus le fer de lance et le symbole de l'activité touristique de San Pedro…
Notre nouvelle responsabilité nous autorise, nous oblige plutôt, à partager le deuxième apéritif au pied du bateau. Nous ne refusons donc pas les bières et autres boissons offertes par nos copains danseurs et musiciens.
Nous nous faisons même un devoir d'acheter le CD de la fanfare dont nous sommes devenus après quelques degrés d'alcool et à près de 4000 mètres d'altitude, les fans plus fervents. Mozart n'est rien à côté d'un bon tambour, Chopin n'a aucune finesse face à une bande de cuivre et quand à Grieg, il a l'air d'un guignol comparé à un bandonéon. Et que dire d'une bonne trompette !!
Nous rentrons cuver à l'hôtel.
Le lendemain nous nous rendons à Sillustrani à une trentaine de Km de Puno. Dans un premier temps par un bus et ensuite dans un collectivo, taxi emprunté par le plus de personnes possibles afin de partager également le prix de la course. Nous avons de la chance, à l'aller nous sommes 9 et encore plus au retour où nous sommes 12 personnes dont 7 dans le coffre du break. Ce mode de déplacement et le peu de confort (doux euphémisme !) ne semble choquer personne ici…. Et dire qu'à Paris, le chauffeur d'un taxi n'accepte pas de passager à côté de lui !
Le site de Sallustrani est magnifique de calme et de beauté. Il s'agit de tombes assez surprenantes car en forme de tours de plus de 10 mètres de hauteur. Fabriquées par les aymaras, qui ne craignaient pas de tuer leurs esclaves à la tache, elles sont placées avec goût sur un promontoire qui domine le Titicaca d'un côté et le lac Umayo de l'autre.
Des cars de tourisme amènent de nombreux visiteurs, mais qui ne dépassant pas les premières tombes nous laissent parfaitement tranquilles pour apprécier le calme et la beauté du lieu.
Le lendemain, nous commençons notre entrée dans l'espace du lac (en bateau !) en nous rendant sur les îles flottantes des indiens Uros. Le principe est simple : sur une épaisse couche de tourbe est posée une couche de roseaux et par dessus le tout, des maisons en roseau également, ainsi que tout ce qui est nécessaire pour amuser les touristes.
La couche de tourbe est fixée au fond du lac par de puissants poteaux. Le tout pouvant être déplacé à l'envie… Globalement, on se demande bien à quoi cela sert. A priori, à suivre les bancs de poisson. On voit bien les pêcheurs bretons emmenant leurs maisons en pierre pour aller chercher des merlans…
Après une petite heure de bateau, nous voila débarqués sur l'une d'elles. C'est Disneyland !!
Aussitôt arrivé le groupe de visiteurs, une femme commence à faire semblant de piler des graines pour faire une farine quelconque, d'autres font semblant de faire cuire leur repas du soir, pendant qu'un autre groupe fait semblant de faire semblant. Par contre, il est proposé à la vente, de vrais souvenirs à payer avec de vrais billets de banque. Vrais souvenirs qui n'ont pas plus d'intérêt que ceux que l'on croise à longueur de temps à terre. La plaisanterie recommence sur l'île flottante suivante située quelques dizaines de mètres plus loin.
Même si les indiens Uros ont complètement disparu de la circulation et sont remplacés par des péruviens de base, le paysage et la spécificité de ces îles sont quand même intéressants et la sensation lorsque l'on marche dessus est tout à fait surprenante !
Tout autour, flottent, pour amuser les touristes, des barques en roseaux liés en fuseaux dont les proues représentent des dragons. A l'arrière, sont cachées des vraies barques avec des vrais moteurs pour aller faire les courses chez Mamouth.
En rentrant, nous repassons par le marché qui nous donne l'occasion de voir des cochons d'inde sans leur peau, ce qui les rend moins agréables à offrir pour l'anniversaire du petit dernier. D'autant, qu'ils sont tout à fait morts et prêts à être mangés.
Nous voyons également quelques têtes de moutons coupées en deux, dans le sens de la hauteur. Voyant notre étonnement, la vendeuse nous explique que c'est pour la soupe. On évite de demander la recette. Voyant notre intérêt pour son rayon, elle nous fait même une démonstration de tête coupée en deux à coup de hache. Très impressionnant et tout à fait délicat…
Le 2 août, nous poussons notre exploration du Titicaca, en nous rendant sur l'île de Taquile. Le bateau que nous prenons est plein à raz bord, de passagers, mais aussi de marchandises en tout genre comme des bonbonnes de gaz, de la bière, des œufs ou des bouteilles de coca. Et pas de chance, car le bateau fait à peine 300 mètres qu'il tombe en panne !
Nous revenons vers le port à l'aide de rames et nous attendons une bonne heure que le transbordement se fasse sur une autre embarcation. Nous naviguons ensuite sans problème pendant près de trois heures avant d'aborder l'île de Taquile. Pour parvenir au sommet, il nous faut grimper plus de 600 marches…
Un léger doute nous prend, surtout avec un sac à dos de 70 litres à porter, le tout à une altitude de 4000 mètres ! Mais notre entraînement du Machu Picchu fait merveille et nous arrivons en haut pas trop essoufflés.
Une personne nous demande si nous désirons dormir sur l'île, ce qui est notre objectif, il nous fait remplir un formulaire, nous demande 20 sols et nous met en contact avec une femme que nous devons suivre.
Il faut savoir que l'île de Taquile assure la gestion de son tourisme sous forme coopérative. Les habitants qui désirent louer une chambre sont appelées chacun leur tour afin que personne ne soit lésé. Les objets fabriqués sont vendus par la coopérative, un restaurant existe même, géré par cette même coopérative.
Nous suivons donc la femme qui trottinant sur les chemins de pierre nous amène, à un groupe de maisons cachées par un petit passage, nous fait monter par des escaliers en terre, nous fait traverser un troupeau de moutons et nous amène à notre "chambre".
Les murs sont en adobe, le mobilier se compose de deux lits sommaires (briques d'adobe sur lesquelles sont étalées des nattes en bambou, un matelas et trois couvertures). Le sol est en terre battue, l'éclairage est une bougie plantée dans une bouteille de bière. Nous remercions notre groom et nous lui demandons où sont les "baños" et où l'on peut se laver.
Les toilettes sont un peu plus loin et ne se prêtent pas à des séjours trop longs, la salle de bain est dehors : le jerrycan plein d'eau glacée et la petite bassine en plastique nous avaient échappés !
Nous remercions encore et commençons à nous installer dans notre chambre. Dix huit secondes plus tard, nous sortons pour découvrir l'île. Les sentiers nous font penser à l'Irlande dont l'île reprend la beauté. De nombreux murets en pierre, de l'herbe et des troupeaux renforcent cette impression. De plus, l'air est tout aussi vivifiant !!
A un moment, nous entendons de la musique en provenance d'un village proche.
Comme des mouches de base, nous nous rendons dans cette direction. Sur la Plaza de armas, nous voyons des danseurs et des musiciens. Les uns et les autres en costumes très colorés. Aucun touriste, la majorité des visiteurs de l'île ne choisissant pas d'y dormir, leur bateau est déjà reparti vers Puno.
Devant la petite église, des femmes en pulls rouges, jupes noires et foulards noirs sont assises par terre devant une quinzaine d'hommes assis, sur des chaises en arc de cercle. Chaque femme a devant elle un baluchon en tissu noir.
Les hommes sont habillés en costumes traditionnels de l'île, pantalons noirs, gilets et larges ceintures de tissu colorés. Ils portent sur la tête des sortes de bonnets de lutins dans lesquels sont rangées leurs feuilles de coca. Ils semblent être les "notables" de l'île.
Le plus surprenant est le silence de cette scène. Personne de parle, ou alors à voix basse et très rapidement. La seule activité est, pour les hommes surtout, mais également pour les femmes dans une moindre mesure, de boire. D'abord des bières, ensuite, une sorte de vin, qu'ils puisent directement dans un seau à l'aide d'un gobelet qu'ils se repassent et ensuite un alcool fort (d'après l'odeur qui arrive jusqu'à nous !) que servent trois ou quatre personnes qui font le va et vient sur l'arc de cercle. L'alcool, contenu dans une bouteille de plastique est versé dans le bouchon de la bouteille.
Chaque homme en boit le contenu à son tour. Les femmes se repassent une bouteille en plastique, mais boivent beaucoup moins que les hommes.
La scène dure plus d'une heure, se répétant invariablement. Nous n'en comprenons pas la signification, mais y assistons avec étonnement. Les femmes échangent des poignées de feuilles de coca qu'elles tirent de leurs baluchons. Les musiciens et les danseurs continuent à jouer de leur côté. La musique est répétitive et ajoute une ambiance étrange à ce que nous voyons.
Vers la tombée de la nuit, le personnage central du groupe d'hommes se lève, raconte des choses intéressantes et peu compréhensibles vu son taux d'alcoolémie aux autres hommes censés être également debout, mais beaucoup sont assis sur leurs chaises sans pouvoir se relever. Le discours terminé, tout le monde se disperse et la sur la place ne restent que les poivrots soudés aux chaises et les deux français de service qui n'ont pas vraiment compris ce qu'ils avaient vu…
Mais il est temps de regagner notre Home Sweet Home, le dîner devant être servi vers 18h30.
A l'heure dite, notre logeuse frappe à la porte. Nous lui ouvrons. Elle nous donne une sorte de banc qu'elle nous invite à poser devant l'un des lits. Elle revient aussitôt avec deux assiettes de soupe fumante qu'elle pose sur le banc. Nous comprenons qu'il n'était pas nécessaire de s'habiller pour sortir et que le repas aura lieu dans notre chambre. Pour cela nous avons eu en dotation deux bougies supplémentaires !
La soupe est très bonne et tout à fait bienvenue à la nuit tombante à plus de 4000 mètres ! Ah oui, il n'y a pas de chauffage dans la chambre… Ensuite, vient une omelette, plat typique de l'île que nous ne cesserons de manger pendant notre séjour.
Le repas terminé, notre logeuse vient s'asseoir à côté de nous et nous discutons le bout de gras. Nous lui racontons ce que nous avons vu dans l'après-midi en lui en demandant la signification. Elle nous explique que c'est la coutume. Nous n'en saurons pas plus. Comme notre nuit va être courte, nous nous couchons, sans trop nous déshabiller et nous endormons rapidement.
Le lendemain, le Palm sonne à 4h30. Le temps de nous laver les dents avec un glaçon et de faire une toilette de chat, nous partons vers une des extrémités de l'île pour voir le soleil se lever. Les lampes de poche achetées pour le Machu Picchu servent de nouveau. Les vestes polaires aussi. Il fait un froid de canard.
Le soleil une fois levé, spectacle somptueux, nous partons pour une nouvelle balade dans l'île qui ressemble par certains points à l'Irlande. Au fur et à mesure que les heures avancent, la température s'élève et nous terminons la promenade en tee shirts. Nous regagnons le restaurant coopératif pour manger notre soupe et notre omelette.
Nous quittons l'île dans l'après midi pour revenir à Puno. Le temps est couvert sur le lac et les 4 heures de traversée sont rudes. Nous sommes sur le pont à l'extérieur où le vent est glacial. Le bateau remue pas mal et nous sommes heureux de regagner le plancher des lamas.
Le 4 août nous prenons le bus pour la Bolivie. Le point de passage entre les deux pays est à quelques kilomètres de Copacabana, première ville bolivienne de l'autre côté de la frontière. Nous longeons le lac dans sa partie la plus large et nous nous rendons compte de sa superficie qui en fait une véritable mer intérieure à 4000 mètres d'altitude !
Dans le bus, le receveur nous donne les imprimés à remplir pour entrer en Bolivie, le même ou presque que pour entrer aux US. Il nous donne les consignes pour le passage de la frontière et nous met en garde contre les voleurs à Copacabana. Nous voila prévenus !