Il est d'autant plus difficile de repartir vers Quito, le 26 novembre, où nous arrivons sous une pluie battante et une température proche des 10 degrés ! Nous retrouvons notre hôtel entre les ambassades.
Après avoir rendu visite au vieux Quito, magnifique endroit où nous ne prendrons aucune photo tant le sentiment d'insécurité est omniprésent, nous allons au terminal de bus afin de prendre nos places pour partir découvrir le pays.
Hélas, un mouvement social bloque les routes du centre de l'Equateur et il nous est impossible de quitter la ville. Nous n'avons que peu d'information sur ce mouvement et sommes obligés de revenir deux fois par jour au terminal pour essayer d'avoir un bus.
Au bout de quatre jours, nous décidons de prendre un avion pour le sud de l'Equateur. Loja étant la première ville desservie et qui ne soit pas bloquée au niveau routier. L'avion est à 16 heures 30, nous arrivons à la tombée de la nuit dans un aéroport à 40 Km de Loja. La route du col pour y accéder est particulièrement pentue et particulièrement recouverte de brouillard. Cela n'empêche pas les voitures de se doubler, en plein virage et sans aucune visibilité. Il semble y avoir un peu de bolivien dans la tête des équatoriens !
Le soir nous mangeons dans une chifa (resto chinois). Nous sommes les seuls à choisir autre chose que la traditionnelle "Chaufa", riz accompagné de légumes et de morceaux de viande. La chaufa vaut 2 dollars. Dans l'assiette, prés d'un kilo de riz !
Comme il est impossible de finir son assiette, les clients demandent un "doggy bag" et repartent avec.
La ville de Loja est agréable et coloniale. Le marché couvert est superbe, mais mal éclairé. Il est difficile d'y faire des photos. Par contre, il est extrêmement propre et bien rempli. En haut de nombreux petits restaurants proposent une cuisine bon marché et copieuse.
Nous poussons, en bus, jusqu'à Vilcabamba, village situé à une quarantaine de kilomètres de Loja, dans une vallée splendide entourée de montagnes. Le village est donné comme favorisant la longévité. La douceur des lieux en est peut-être la cause, ou alors n'est-ce qu'un prétexte pour attirer les américains ? Nous rencontrons et discutons avec un vieux chilien de 80 ans venu ici pour rajeunir. Il nous raconte sa jeunesse au Chili, dans le nord du pays, son exil en Europe et sa vie à Paris.
Il est passionnant, mais nous apprendrons plus tard qu'il n'a que 60 ans et bien qu'étant effectivement chilien, il est un peu mythomane aussi…
Le village est en tout cas magnifique. L'église est rose et bleue, de nombreux petits restaurants autour de la place invitent à la flânerie. Nous acceptons l'invitation avec plaisir et nous mangeons avec lenteur un petit en-cas au "Che", l'un de ces restaurants.
Le 1er décembre, nous nous rendons sur le parc national Podocarpus. En chemin, nous assistons à une mésentente entre étudiants et flics locaux. L'objet de la discussion concerne les autobus qui viennent d'augmenter et dont le parcours en centre ville a été revu.
Les moyens de la discussion sont rudes. Des échanges de pierres, de cocktails Molotov et de grenades lacrymogènes ! Au milieu de la route, des pneus brûlent… Le lendemain nous apprendrons que le sujet de la dispute vient de ce que les étudiants avaient pris en otage une dizaine de bus dont nous apprécierons les nouvelles ouvertures dans les vitres.
Pour le moment, nous arrivons donc dans le parc et entamons une montée donnée par le routard comme étant "d'accès facile, pour tous". Nous sommes en Equateur, zone tropicale et humide. Le parc occupe une surface de plus de 100 000 hectares, dans lesquels nous sommes pratiquement seuls. En tous cas, il n'y a personne d'autre sur le sentier.
La montée jusqu'au mirador est éprouvante. Pendant deux heures, nous nous heurtons à des pentes raides et glissantes, sans trop de points d'appui. Merci le routard. Arrivés en haut, nous nous rendons compte que la suite n'est pas simple non plus : le chemin se poursuit sur une crête pendant deux kilomètres. A certains endroits, nous aurons le choix pour tomber, entre un à-pic à gauche et un à-pic à droite !
Comme il n'est pas pensable de redescendre par le même chemin, nous entamons les crêtes. L'astuce va consister à ne regarder que nos pieds…
Nous ne sommes pas trop fiers et sur le moment, nous ne nous posons pas la question de savoir qui viendrait nous chercher en cas de chute grave. Notre calvaire se termine par un chemin de 9 kilomètres pour regagner la route où nous prenons, de nuit, un bus pour regagner Loja. 6 heures 30 de marche et la ferme décision de ne plus prendre le guide du routard !
Le lendemain, nous découvrons mieux la ville et croisons une nouvelle manifestation étudiante. Nous avons un bus pour le Pérou en début de nuit, nous décidons donc de passer de nouveau par Vilcabamba.
Le bus nous fait de nouveau traverser cette vallée si belle. Nouvel arrêt au "Che", le temps d'une salade et d'un violent orage qui inonde la ville. A peu prés protégés par les arcades de la place, nous regardons l'eau tomber.
Nous découvrirons ensuite un petit coin de paradis en nous baladant dans cette ville, elle-même paradisiaque : "Le rendez-vous", un ensemble de chambres dans de petits bungalows donnant sur un magnifique jardin. Comme à notre habitude, nous passons le cou pour mieux voir et sommes interpellés par le propriétaire qui nous invite à entrer.
Son accent ne laisse aucun doute sur sa nationalité et c'est en français que nous faisons connaissance avec Isabelle et Serge, deux compatriotes qui ont choisi, après un voyage qui ressemble un peu au nôtre, de ne pas retourner dans la civilisation. Leur choix est courageux, ils l'assument plutôt bien et en tout cas, le résultat est magnifique.
Nous regrettons de n'avoir pas trouvé cet endroit plus tôt ! Nous discutons jusqu'au moment où il nous faut vraiment partir pour ne pas rater notre bus du soir. Nous partons à 22 heures 30. Ce n'est pas notre premier voyage de nuit et même s'il est difficile de dormir dans un bus, nous comptons au moins nous reposer un peu.
Las, à 23 heures, nous subissons notre premier contrôle. Des flics en arme ordonnent aux hommes de descendre du bus. Après une fouille au corps et épluchage des papiers par des bourins qui n'ont pas l'air de savoir lire, les femmes restées à l'intérieur se voient contrôler leurs sacs. Excepté Line qui déclare, en le serrant contre elle, que ce sac est à elle. L'autre n'insiste pas !
Nouveau contrôle à 23 heures 45, par des militaires qui se contentent de monter dans le bus. Ceux-là non plus ne doivent pas savoir lire et la feuille d'entrée aux îles Galapagos suffit pour qu'ils soient contents. Ils n'ont même pas ouvert le passeport sur la page de la photo d'identité. Dans le fond du car, des hommes qui font semblant de dormir ne sont pas importunés.
Vers 1 heure 30, troisième arrêt, troisième fouille au corps pour les hommes. Le sommeil donne aux militaires un regard encore plus bovin, mais il est difficile de les envoyer paître à cause de leurs fusils mitrailleurs.
A 2 heures 15, nous sommes de nouveau arrêtés par des flics qui nous font remplir des papiers que nous remplissons n'importe comment, certainement à cause d'une petite pointe d'agacement qui nous chatouille un peu. Avant de remonter dans le bus, nous apercevons, au pied d'un calvaire, une famille complète qui dort à même le sol.
A 3 heures 30, nous franchissons la frontière équatorienne. Le fonctionnaire nous demande de remplir sans lumière un papier sur lequel nous sommes censés décliner notre identité et notre filiation sur trois générations. Sans comprendre le français, il voit bien que le ton avec lequel je l'envoie balader ne lui permettra pas d'obtenir ces précieux renseignements.
Je mets de nouveau n'importe quoi sur sa fiche et obtiens néanmoins le tampon de sortie sur nos passeports.
Nous faisons quelques centaines de mètres à pied pour aller nous faire tamponner le passeport en péruvien. Pas trop de problèmes pour nous. Par contre, une femme déclare au douanier qu'elle n'a pas de papier. Ce qui est original après tout ces contrôles.
La discussion entre eux est très vive et concerne le tampon d'entrée qu'elle n'aura pas, si elle ne présente pas une feuille blanche dont je n'ai pas compris l'utilité.
Au bout d'un moment, la femme sort du poste frontière, sans le tampon magique et retourne s'asseoir dans le bus. Qui démarre en territoire péruvien ! Pas plus de soucis !
Devant la douane, nous distinguons dans l'obscurité une dizaine de personnes assises par terre et qui ficèlent les pattes de centaines de poulets posés devant eux. On se dit qu'on a mal vu à cause de la fatigue…